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Champs d'amours, toutes les couleurs du cinéma arc-en-ciel
Inaugurée à l’occasion de la quinzaine des fiertés, l’exposition "Champs d’amours – Cent ans de cinéma arc-en-ciel" à l’Hôtel de Ville, revient sur un siècle de films où la représentation de l’homosexualité aura enfin eu droit de cité dans les salles obscures.
Champs d'amours

Si voir des personnages homosexuels et suivre leurs histoires peut paraître aujourd’hui naturel aux cinéphiles, les droits à une simple présence à l'écran, puis à l’existence d’un courant cinématographique homosexuel ont été acquis de longue lutte. Jusqu’à un passé récent, la thématique ne pouvait encore qu’être effleurée, de façon le plus souvent allusive, quand elle ne devait pas être totalement évitée par crainte de la censure, morale comme économique.

La première œuvre de l’exposition est ainsi une frise chronologique racontant cent années de visibilité homosexuelle au cinéma, de 1919 à nos jours, au fil d'œuvres, de figures marquantes, de dates importantes d’une histoire tumultueuse. On parcourt une reconstitution riche et méthodique, qui permet de mesurer tout le chemin parcouru des premiers personnages ouvertement homosexuels à l’écran, discrets et souvent caricaturaux, jusqu’à notre époque où les cinéastes du monde entier peuvent faire de la représentation de l’homosexualité une composante essentielle de leur cinéma, même si leur liberté de création varie bien sûr selon la région du monde où sont produits leurs films.

Champs d'amours

Deux jalons incontournables sont à retenir dans ce siècle historique, qui planent en permanence au-dessus de l'exposition. 1919 donc, quand sort le film allemand "Autre que les autres", où l’un des personnages prononce cette réplique: "être amoureux de quelqu’un de son propre sexe est aussi noble et pur que d’aimer quelqu’un du sexe opposé". Selon Didier Roth-Bettoni, co-commissaire de l’expo, "c’est le premier film dans lequel les personnes LGBT ne sont pas moquées ou ne vivent pas une sorte de tragédie imposée." L'œuvre est aujourd’hui quasi invisible, puisque toutes ses copies ont été détruites par les nazis. 1969, ensuite, à la suite des émeutes de Stonewall qui ont lieu autour d'un bar gay new-yorkais, le Stonewall Inn, dont les clients se révoltent contre un violent raid policier sur l'établissement. Un événement qui marque les débuts du militantisme homo, dont le cinéma bénéficiera pour briser le carcan des tabous, et contribuer ainsi à une meilleure visibilité des homosexuel·le·s.

Aujourd’hui, en 2019, les représentations de personnages LGBTQI+ touchent tous les genres du cinéma: comédies populaires, drames passionnels, films expérimentaux et militants, documentaires, biopics... La diversité des identités a finalement intégré les écrans du monde entier, explorant de nouveaux ressorts dramatiques qui suscitent maintenant les mêmes émotions que dans n’importe quel autre film.

Champs d'amours

Par sa variété décloisonnée, la scénographie est pensée comme une déambulation d’alcôve en alcôve, qui explore tout l'éventail des cinémas queer, pop et colorée, fluide et sans temps mort. On y admire des affiches de films et des photographies emblématiques, on y visionne des extraits cultes ou incontournables, on y découvre des documents de travail inédits... Et l'on retient, entre autres: la figure iconique de Divine, drag queen américaine pour toujours associée à l'œuvre du grand John Waters ; l'espace appelé "le petit coin", qui aborde l’érotisme gay et lesbien, avec ses glory holes et ses pissotières ; ou encore l'inévitable Cage aux Folles, un film critiqué pour ses personnages caricaturaux, mais qui pour l'histoire aura au moins permis de faire exister l'homosexualité à l'écran, à une époque où c'était rarissime.

Accessible tout en restant rigoureuse et instructive, sans tomber dans l’écueil des exégèses alambiquées des œuvres, l'exposition trouve la fréquence idéale pour capter le spectateur, qu’il soit simple curieux ou qu’il fasse une thèse sur le sujet. Elle est de plus gratuite, et se poursuit jusqu'au 28 septembre dans son écrin de la salle Saint-Jean, au cœur de l'Hôtel de Ville.

CHAMPS D’AMOURS - 100 ans de cinéma arc-en-ciel

Hotel de ville Salle Saint Jean
5 rue de Lobau, 75004 Paris

Du mardi 25 juin 2019 au samedi 28 septembre 2019

gratuit
évènement terminé