Le Paris des Parisien·ne·s
Lauren Bastide, la parole aux femmes
Lauren Bastide est journaliste, cheffe d’entreprise, productrice de podcasts et militante féministe, entre autres. Parisienne depuis des années et co-autrice d’un livre intitulé « A Paris », elle a accepté d’inverser les rôles, pour une fois, et de se raconter, de son parcours professionnel à ses engagements en passant par ses coins préférés de Paris.
Lauren Bastide, la parole aux femmes

L’expérience est troublante : rencontrer l’hôte d’un podcast qu’on a beaucoup écouté, c’est mettre un visage sur une voix qu’on a tant entendue, voir sous nos yeux une parole qui nous semblait familière, intime mais finalement désincarnée. C’est l’une des forces du podcast, s’immiscer dans le creux de nos oreilles et devenir média de la proximité, de l’intérieur, du personnel, petite pastille sonore à écouter où l’on veut, quand on veut.       

En 2016, Lauren sent le phénomène des podcasts venir tout droit des États-Unis et décide de fonder le studio de podcasts Nouvelles Écoutes, avec son associé Julien Neuville. Le pari est gagnant, puisque quatre années plus tard, le podcast est partout et Nouvelles Écoutes en produit plus d’une vingtaine. Forte du succès de « La Poudre », dont elle est l’hôte, Lauren Bastide met en avant des femmes qu’elle admire, s’intéressant à leurs parcours dans la longueur et offrant ainsi à celles qu’elle interroge un espace de parole intime et du temps pour se raconter vraiment. Féministe convaincue et convaincante, elle révèle les mécanismes sexistes à l’œuvre grâce à ses questions rituelles, pour éclairer ces parcours de femmes de la flamme du féminisme. Parmi ses invitées, on retrouve des personnalités aussi diverses qu'Assa Traoré, Léonora Miano ou encore Anne Hidalgo. Lauren Bastide rêve de pouvoir un jour recevoir Christiane Taubira à son micro. Après quatre années d'enregistrement, aucun signe de lassitude ne semble habiter la journaliste.

La Poudre, le podcast star de Nouvelles Ecoutes

J’ai l’impression que le seul truc certain dans ma vie, c’est que j’aurai pour toujours envie d’interviewer des femmes.

Lauren Bastide


Après une dizaine d’années au magazine Elle, en tant que grand reporter puis rédactrice en cheffe, suivi d’un rapide passage à la télévision, la transition vers le podcast représente aussi pour Lauren un moyen de s’émanciper des contraintes formelles, éditoriales et économiques propres à une rédaction. Consciente de ses privilèges, elle parvient à remettre en question son métier de journaliste et sa façon de s’adresser aux autres femmes. En parallèle du lancement de La Poudre, elle reprend ainsi des études à Paris 8 et termine un master en études de genre deux ans plus tard. Passer de la rédaction du magazine Elle, à la rédaction d’un mémoire qui pointe les défaillances de la presse féminine française en termes d’inclusivité et de lutte contre le sexisme, « c’est ce qu’on appelle un virage à 180 degrés, en effet ».

Désormais engagée aussi bien personnellement que professionnellement, Lauren Bastide défend un féminisme intersectionnel et inclusif. Un féminisme qui se bat contre le sexisme avec la même force qu’il se bat contre le racisme, l’homophobie ou le validisme.  « C’est à mon sens le seul féminisme possible à notre époque, même si je ne renie pas les combats qui ont été menés avant ». Elle s’engage notamment avec Prenons la Une, une association de femmes journalistes qui se bat pour une juste représentation des femmes dans les médias et pour une véritable égalité professionnelle. 

Le mythe de la Parisienne ?        

A Paris, Lauren Bastide Jeanne Damas

En 2017, Lauren publie en collaboration avec l’influenceuse et entrepreneure Jeanne Damas « A Paris », un livre qui dresse le portrait de 20 Parisiennes venues d’horizons divers tout en distillant des conseils et anecdotes concernant Paris et la si singulière vie parisienne. Pourquoi s’attaquer à ce mythe ? « L’idée de ce livre, c’était de démonter un cliché de la Parisienne construit par des hommes, des écrivains, des cinéastes, sortir du regard masculin pour y réinjecter plus de diversité ». Non, toutes les Parisiennes ne sont pas jeunes, minces, blanches, riches, ni même originaires de Paris. Preuve en est, Lauren, originaire d’Orléans, qui a longtemps rêvé de Paris avant de s’y installer. A 22 ans, elle voit Paris comme un Graal, la ville de tous les possibles. "Les plus Parisiennes des Parisiennes, c’est les filles qui n’y sont pas nées et qui viennent s’installer à Paris parce qu’elles ont envie de bouffer le monde."

Celle qui confie avoir tout goûté de Paris, surtout la vie nocturne, avoue ressentir désormais des envies de calme et de verdure, parfois difficiles à concilier avec son amour pour le 9ème arrondissement, et notamment le quartier de la rue des Martyrs.       

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Flâner rue des Martyrs
J'ai toujours habité près de cette rue de Pigalle, et malgré une certaine gentrification que je regrette, j'y retrouve toujours ce côté "petit village" auquel je suis très attachée
Rue des Martyrs
1 rue des Martyrs
Paris 9E

Après avoir animé un cycle de conférences au Carreau du temple avec pour thématique « La place des femmes dans l’espace public », Lauren Bastide rêve pour Paris d’une plus grande inclusivité, pour les femmes en situation de handicap par exemple, ainsi que d’une visibilité plus forte des femmes dans l’espace public. Elle se bat notamment pour la féminisation des noms donnés aux rues, aux parcs, aux lieux municipaux. Lauren travaille actuellement à la publication d’un livre tiré de ce cycle de conférences autour des femmes et de la ville.

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La ligne 3b du tram
La ligne avec le plus de stations aux noms féminins, et ça me fait du bien à chaque fois, de voir Rosa Parks, Diane Arbus, Ella Fitzgerald...
Ligne 3b du tram
De Porte de Vincennes à porte d'Asnières - Marguerite Long
Paris 20E
Plan du tram 3b (ratp)

Autour de La Poudre et de Lauren Bastide, une vraie communauté s'est construite, avec des événements hors les murs, comme par exemple LaPoudre Replay, des séances d’écoute collective d’anciens épisodes de La Poudre au MK2 Quai de Seine, un samedi matin par mois. Ces séances sont l'occasion pour l'invitée de discuter du chemin parcouru depuis l’interview et pour les spectatrices et spectateurs d'approfondir les thématiques de leur choix. Le site de Nouvelles Écoutes héberge également un outil de recommandations de lectures féministes, La Poudre Lit, qui s'appuie sur les recommandations des invitées de La Poudre.

3 derniers coups de coeur livresques de Lauren Bastide

- Nos Cabanes, de Marielle Macé : un livre écrit avec les tripes qui met en évidence le lien entre écologie et féminisme.
- Habiter en oiseau, de Vinciane Despret : pour celles et ceux en manque de nature, une pépite qui s’intéresse aux territoires des oiseaux et au travail des ornithologues.
- Kim JiYoung, née en 1982, de Nam-joo Cho : un best-seller en Corée du Sud qui révèle, en retraçant le parcours d'une femme, l'universalité de la domination des hommes sur les femmes.

À l’aube d’une nouvelle décennie, Lauren Bastide dresse un bilan plutôt positif de ces dernières années pour le mouvement féministe et porte ainsi un regard confiant sur l’avenir, sur les générations de femmes et d’hommes féministes qu’elle espère voir grandir. Plus inquiète quant à l’avenir de la planète, l’éco-féminisme lui apparaît comme la suite logique de son chemin militant.

L’inertie capitaliste, consumériste, est à mon sens encore plus pernicieuse, violente et lourde que l’inertie patriarcale.

Lauren Bastide

Malgré tous ses accomplissements, Lauren Bastide se considère encore comme une "bébé-féministe", qui apprend tous les jours, qui est humaine, qui se plante. Beaucoup d'angles morts du féminisme restent à explorer. "Ça peut occuper une vie entière d'avoir une réflexion féministe".
Avant de partir, elle nous partage trois endroits de Paris qui lui font du bien.

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Balade à Bercy
J'ai découvert assez récemment ce quartier et j'adore y emmener mes enfants, autour de Bercy et de la Cinémathèque, des parcs, la Seine, la passerelle Simone de Beauvoir...
Parc de Bercy
128, quai de Bercy
Paris 12E
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Le Pont des Arts
C'est un réflexe de touriste que j'ai toujours : je vais sur le Pont des Arts quand je suis déprimée. Même après toutes ces années, la Seine m'émeut toujours...
Le Pont des Arts
Pont des arts
Paris 1E
Pont des Arts
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La Rue Piat
La plus belle vue de Paris, en haut du parc de Belleville. 
Parc de Belleville
47 rue des Couronnes
PARIS 20E