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Le supermarché des images : portrait d’une société saturée
Le Jeu de Paume propose une exposition ambitieuse voire exigeante avec comme fil rouge les images de l'économie et l'économie des images. Les nombreuses œuvres interrogent tour à tour les bouleversements économiques de notre époque ainsi que les mutations dans notre rapport collectif aux images omniprésentes.
Since you were born, Evan Roth

Pour la première fois, le Jeu de Paume a décidé de consacrer tout son espace disponible à une seule exposition. Il en fallait, une grande surface, pour traduire en un corpus d’œuvres et transmettre le concept d’iconomie cher à Peter Szendy, le commissaire principal de l’exposition.    

Dans son ouvrage intitulé Le Supermarché du visible, support à l’exposition, le philosophe hongrois invente ce terme pour qualifier la dimension économique de la vie des images. En effet, à l’heure du tout numérique, des réseaux sociaux, et d’une interconnexion globalisée, une image peut être relayée partout dans le monde quasi instantanément, puis échangée, monétisée, industrialisée...                                 

« Since you were born », gigantesque œuvre d’Evan Roth qui accueille les visiteur·euse·s, rassemble toutes les images entassées dans le téléphone portable de l’artiste depuis la naissance de sa seconde fille. En résulte un amoncellement immense, qui tapisse des murs entiers, de captures d’écrans, de photos personnelles ou encore de publicités. Un vertige d’accumulation.


Nous vivons dans une société de l’image, comme en témoigne ce chiffre hallucinant : 3 milliards d’images sont partagées quotidiennement dans le monde via les réseaux sociaux. Les moyens de produire et de consommer les images n’ont jamais été aussi nombreux qu’aujourd’hui. Ainsi, nous semblons nous diriger tout droit vers cet « espace à cent pour cent tenu par l’image » qu’évoquait déjà le philosophe et historien de l’art Walter Benjamin en 1929.    

Le Supermarché des images offre alors une double réflexion, d’abord sur l’économie des images puis sur les images de l’économie. Ainsi, l’œuvre «Amazon» d'Andreas Gursky est une photographie monumentale d’un entrepôt Amazon saturé de marchandises prêtes à être expédiées. L’image raconte un modèle économique. A l’inverse, l’œuvre puissante de Taysitr Batniji intitulée « Disruptions » s’éloigne de la réflexion économique. Cette dernière est un patchwork de captures d’écran pixelisées réalisées entre avril 2015 et juin 2017 lors d’appels vidéos de part et d’autre de Gaza, offrant par là même une réflexion autour de la communication, et de l’injonction parfois vaine à une qualité de l’image toujours plus haute.   

Un supermarché en 5 étapes

- Stocks : réflexion sur notre accumulation des images qui confine parfois à l'absurde         
- Matières premières : de quoi nos images se composent ?   
- Travail : focus sur le travail comme élément structurant de l’économie (des images) 
- Valeurs : la représentation picturale de l'argent dans l'art avec notamment Cash Machine de Sophie Calle
- Échanges : mise en évidence du lien entre la circulation des images et le flux économique mondialisé      

Les thématiques abordées par cette exposition sont ainsi multiples, de notre addiction aux images numériques à la fascination qu’exerce toute représentation de l’argent en passant par l’ubérisation de nos sociétés. La vidéo "Clickworkers" proposée par l'artiste Martin Le Chevallier nous fait parvenir les récits, anonymes et glaçants, de ces "petites mains" du web qui modèrent à longueur de journées les images atroces en libre circulation sur l'Internet. 

Le fil rouge de l’ensemble semble parfois ténu mais apparaît indéniable à la sortie : il existe un lien, protéiforme mais profond, entre la circulation des images et la circulation des flux économiques. Comme les deux faces d’une même pièce nommée capitalisme.    

Le Supermarché des images

Le Jeu de Paume
1 place de la Concorde, 75008 PARIS

Du mardi 11 février 2020 au dimanche 7 juin 2020

payant
évènement terminé