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Balade sur les pas de Jacques Prévert
De Saint-Sulpice à Saint-Germain-des-Prés, le Paris de la jeunesse de Jacques Prévert nous restitue, le temps d’une balade, les sources d’inspiration du grand poète.
Jacques Prévert (1900-1977), poète français. Paris, Fontaine des quatre-saisons, juin 1954.

Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment d'un aussi grand amour.

Jacques Prévert

Un nomade qui arpentait Paris

Marcher dans Paris dans les pas de Prévert est une entreprise hasardeuse. Très tôt, Jacques Prévert hérite de ses parents un sérieux penchant pour le nomadisme. Pas un quartier que le poète-auteur scénariste n’ait écumé, pas un café où il n’a écrit. Mais il a gardé toute sa vie un attachement particulier pour le 6e arrondissement, qui a vu sa jeunesse et ses premiers succès.

Pour retrouver le jeune Prévert, dirigez-vous vers les tours de Saint-Sulpice et sa fontaine sculptée. Le futur anticlérical convaincu y a passé ses années d’enfance à accompagner son père dans ses visites aux « nécessiteux ». C’est là aussi qu’il rencontre le Paris populaire qui lui devra tant de poèmes et de films.

La Fontaine et l'Eglise de Saint Sulpice

Son enfance au cœur de la capitale

Arrêtez-vous au 7 de la rue Vaugirard (6e), près du théâtre de l’Odéon. Jacques Prévert a sept ans lorsque sa famille s’installe au troisième étage de cet immeuble tout de guingois, dans lequel se trouve déjà une cour intérieure, un lieu de vie qui le fascine et lui inspirera son premier scénario, « Le crime de M. Lange » réalisé par Jean Renoir en 1936.

Son école communale est toujours au numéro 9. Mais la famille déménage bientôt quelques rues plus loin au 4, rue Férou, magnifique hôtel particulier.

La monumentale porte cochère et la cour sur laquelle donnent plusieurs appartements feraient presque oublier les difficultés financières que traversaient les Prévert à l’époque.

4, rue Férou, magnifique hôtel particulier où vécu la famille de Jacques Prévert

Son premier amour

À deux pas de là, face au Sénat, l'immeuble du 5 rue de Tournon accueille en 1910 les membres de la famille Prévert au 5e étage. De grands hommes les ont précédés, comme Gros, inventeur du phonographe, mais aussi Gambetta et Daudet. Jacques a alors dix ans.

Ici, la fameuse cour d’immeuble a abrité une idylle d’enfants ; au rez-de-chaussée habitait Simone Dienne, qui deviendra la première femme du poète.

L' immeuble du 5 rue de Tournon accueille en 1910 la famille Prévert au 5e étage

Le jardin du Luxembourg, un de ses lieux de prédilection

Ces différentes adresses avaient un point commun : le jardin du Luxembourg tout proche, terrain de jeu de Jacques qui y faisait les 400 coups.

Impossible de ne pas y flâner pour contempler le décor de son enfance. Autour du grand bassin, les allées sont aussi policées et tranquilles que le jeune Prévert était indiscipliné et turbulent.

Les p’tits bateaux du jardin du Luxembourg

Son école

En sortant du Luxembourg, dirigez-vous vers le 68 rue d’Assas. Ici le collège-lycée Saint-Sulpice mérite un arrêt : anciennement nommée André-Hamon, cette école catholique est celle où Prévert a fait ses classes de 1908 à 1914. 

Au-delà de l’entrée moderne, les vieux bâtiments du collège et la cour de récréation se souviennent de Prévert, l’élève le plus célèbre de l’établissement, mais pas le plus assidu.

Bref retour à Saint-Sulpice pour voir le dernier foyer des Prévert, qui s’y installent en 1912. Le 7 de la rue du Vieux Colombier appartient à la caserne des pompiers. Les parents de Prévert y vivront jusqu’à leur mort (1936 et 1946).

68 rue d'Assas

Les années Montparnasse

Son certificat d’études en poche, l’ado qui enchaîne les petits boulots s’éloigne des clochers de Saint-Sulpice. Le service militaire marque un tournant et débouche sur les « années Montparnasse » avec les surréalistes d’André Breton.

À l’approche de la trentaine, Prévert revient dans le quartier de ses premières amours. Suivons-le en prenant la rue Bonaparte jusqu’au boulevard Saint-Germain. Comme tous les intellectuels de l’époque, il fréquente assidûment les cafés de Saint-Germain-des-Prés. Aux Deux Magots il compose un manifeste «anti-Breton» et fait du Flore le quartier général de son groupe de théâtre contestataire « Octobre ». En pleine Occupation, alors qu’il tourne « Les enfants du Paradis », il y rencontre Sartre, Beauvoir et les existentialistes. La bande à Prévert a marqué la mémoire des deux cafés mythiques. C’est le moment de faire une pause et de s’imprégner de l’atmosphère des lieux…

Le café de Flore 6e

Prévert devient un phénomène littéraire

Ici, à la fin de la guerre, la sortie de Paroles fait de Jacques Prévert le phénomène littéraire du moment. Les étudiants récitaient ses poèmes, ses textes étaient chantés par Gréco et Montand. De cette époque, où Prévert était le symbole germanopratin, il ne reste malheureusement plus que l’ancien hôtel Montana, au 28 de la rue Saint-Benoît, où il vécut au septième étage, contre le café de Flore.

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