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Balade bohème sur les pas de Kiki de Montparnasse
Femme libérée et muse des plus grands artistes, Kiki est l’une des figures emblématiques des Années folles.
Kiki de Montparnasse (1901-1953), modèle. Paris, vers 1925.

Avant d’être couronnée « reine de Montparnasse » dans les années 1920, Kiki naît quasiment la tête dans le ruisseau, le 2 octobre 1901. Alice Ernestine Prin de son vrai nom, cette gamine illégitime élevée par sa grand-mère à Châtillon-sur-Seine, en Bourgogne, connaît une enfance miséreuse.

Elle débarque à Paris, gare de l’Est, en 1913, à l’âge de 12 ans. Sa mère l’a fait venir pour qu’elle apprenne un métier et reçoive un minimum d’instruction. L’école communale de la rue de Vaugirard, au coin de la rue Dulac (15e) où elles habitent, Alice ne la fréquentera qu’un an. Mais ce quartier de Montparnasse, elle ne le quittera jamais. 

Dès l’âge de 13 ans, elle gagne son pain, devient livreuse, brocheuse pour la reliure du Kamasutra, puis bonne à tout faire chez une boulangère. Renvoyée, elle accepte pour survivre de poser nue chez un sculpteur. Quand sa mère l’apprend, elle la met à la rue. Alice a 16 ans. La vie est dure et elle ne sait pas toujours où dormir. 

Mais en plus d'être une battante, la jeune adolescente est futée. Elle qui a toujours rêvé d’une vie d’artiste pose comme modèle pour les peintres et les sculpteurs qui ont investi le quartier du Montparnasse. 

Premier amour

La Coupole est une brasserie ouverte en 1927 dans le quartier du Montparnasse qui fut un haut lieu du Tout-Paris dans l' entre-deux-guerres. Vingt-sept peintres ont réalisé des fresques Art Déco sur les piliers de la salle du rez-de-chaussée, inscrite aux

Elle fréquente la brasserie Le Dôme, 108, boulevard du Montparnasse (14e), et surtout La Rotonde, au numéro 105 (6e). En 1918, elle y rencontre le peintre polonais Maurice Mendjisky et emménage avec lui. Il la surnomme Kiki, qui devient dès lors son nom de femme libre et libérée. 

La brune au tempérament aussi généreux que volcanique adopte alors une coupe courte, souligne ses yeux de khôl et redessine ses lèvres d’un rouge flamboyant. Elle est immortalisée par Kisling, Foujita, Calder, Modigliani… 

Mais l’une de ses plus grandes rencontres reste celle avec Man Ray. En décembre 1921, le peintre et photographe américain s’éprend de la jeune femme alors âgée de 20 ans. Durant sept ans, elle sera son égérie et sa passion.

Picasso, Breton, Éluard, Matisse...

Man Ray et Kiki de Montparnasse vécurent dans l' immeuble Art Déco au 31 rue Campagne-Première

Après avoir séjourné à l’hôtel Istria, au 29, rue Campagne-Première (14e), le couple emménage dans le bâtiment voisin, au 31 bis, composé d’ateliers d’artistes. Man et Kiki fréquentent de nombreux peintres, poètes et écrivains, parmi lesquels Picasso, André Breton, Paul Éluard, Henri Matisse… 

En 1922, Kiki se met elle aussi à la peinture. Dans un style naïf et joyeux, ses œuvres représentent des scènes de sa vie, des lieux, des portraits, comme celui de Jean Cocteau, devenu un ami. 

Lors de sa première exposition, à la galerie Au sacre du printemps, 5, rue du Cherche-Midi (6e), en 1927, Robert Desnos écrit : « À travers tes beaux yeux, que le monde est joli. » 

De l’atelier au cabaret 

Son centre du monde à elle ne change pas, c’est toujours Montparnasse. Kiki fait fureur au Jockey, premier cabaret de nuit ouvert en 1923 au 146, boulevard du Montparnasse (14e). Elle y chante, danse le french cancan, puis anime les soirées du cabaret Le Bœuf sur le toit, rue de Penthièvre (aujourd’hui au 34, rue du Colisée, 8e), ou encore celles de La Coupole, nouvelle brasserie inaugurée fin 1927 au 102, boulevard du Montparnasse (14e)

En 1929, c’est le sacre. À 28 ans, Kiki est désignée « reine de Montparnasse » lors d’un gala de bienfaisance organisé à Bobino, rue de la Gaîté (14e). Elle publie avec succès un livre de souvenirs (lire ci-dessous) et s’installe avec son nouvel amant et éditeur, le journaliste Henri Broca, dans une maison avec jardin à Arcueil (Val-de-Marne). Mais il sombre rapidement dans la folie, Kiki doit le faire interner. 

En 1931, à 30 ans, elle avoue un cafard terrible mais boit pour rester gaie. Quand elle arrête l’alcool, c’est pour la drogue. Avec André Laroque, son nouvel amant qui joue de l’accordéon, ils se produisent au Cabaret des Fleurs, rue du Montparnasse. Mais la guerre met fin à l’insouciance. 

En 1939, les folles nuits des Montparnos s’en sont allées. Man Ray est retourné à Hollywood, Kisling gagne aussi les États-Unis, Foujita est au Japon… et Kiki à l’asile. Arrêtée pour détention de stupéfiants, elle est enfermée à l’hôpital de la Salpêtrière (13e). La reine de Montparnasse finit sa vie dans la misère, comme elle l'a commencé. 

Quand elle est inhumée en 1953, à 52 ans, au cimetière parisien de Thiais, son convoi funèbre croule sous les « trophées » d’une gloire passée : les couronnes funéraires du Jockey, du Select, du Dôme, de La Coupole et de La Rotonde. 

Souvenirs d'une Montparnos

Publié en 1929, le livre de souvenirs de Kiki de Montparnasse est un véritable succès. En 1930, l’édition anglaise, Kiki’s Memoirs, est préfacée par Ernest Hemingway. Mais l’ouvrage, jugé trop indécent, est interdit aux États-Unis. Kiki en rédige une nouvelle version en 1938. Le manuscrit est égaré pendant soixante-cinq ans. Il faudra attendre sa publication intégrale en 2005 pour découvrir sous sa plume simple et joyeuse son enfance, son arrivée à Paris, ses amis, ses amants et les années folles des Montparnos. 

Kiki. Souvenirs retrouvés, de Kiki de Montparnasse, José Corti, 256 p., 19€ (site internet).

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