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Une balade sur les pas de Serge Gainsbourg
Scène de son enfance, de ses amours, de ses succès et de ses excès, Paris garde l’empreinte de l’« Homme à tête de chou ».
Serge Gainsbourg (1928-1991), chanteur et compositeur français. Paris, théâtre de l'Etoile, septembre 1959.

Il s’appelle Lucien Ginsburg. C’est un marmot parisien, né en 1928 avec sa jumelle Liliane à la maternité de l’Hôtel-Dieu, sur, l’île de la Cité (4e). Le P’tit Lulu a les oreilles grandes ouvertes. Quoi de plus normal dans une famille de mélomanes ? Son père est pianiste dans les grands cabarets parisiens, sa mère chantait au Conservatoire russe. Tous deux ont fui le bolchevisme en 1919 pour rejoindre une terre d’asile nommée Paris.

Le couple Ginsburg et ses trois enfants logent d’abord au numéro 35 de la rue de la Chine (20e), puis au 11 bis, rue Chaptal (9e). C’est sur le piano familial que Lucien fait ses premières gammes. Chez les Ginsburg, on ne plaisante ni avec la musique, ni avec l’art. Dès 13 ans, Lucien est inscrit à l’Académie de Montmartre (18e) pour apprendre la peinture. Réfugiés en province pendant la guerre, les Ginsburg reviennent à Paris en 1946, au 55, avenue Bugeaud (16e). Au lycée Condorcet (9e) où il doit passer le baccalauréat, Lucien lâche les études car l’art le fascine. À l’Académie de Montmartre, il rencontre Élisabeth Lévitsky et l’épouse le 3 novembre 1951. Faute d’être un génie, il troque très rapidement ses pinceaux contre des accords au piano et court le cachet dans les bars et les cabarets.

Pianiste et chef d’orchestre à 26 ans

En 1954, à l’âge de 26 ans, Lucien est pianiste et chef d’orchestre dans le cabaret transformiste de Madame Arthur, qui existe toujours, au 75, rue des Martyrs (18e). Sous le pseudonyme de Julien Grix, le jeune auteur dépose alors ses premières chansons à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem). Devenu pianiste-guitariste au cabaret Milord l’Arsouille (1er) en 1955, Lucien Ginsburg opère sa mutation. Il interprète pour la première fois ses propres compositions et s’invente un nom de scène : Serge Gainsbourg est né.

Jeune homme filiforme à l’étroit dans son costume, c’est un chanteur tétanisé par le trac qui débite en 1958 Le Poinçonneur des Lilas sur la scène des Trois Baudets (18e). Il a beau avoir du talent, en pleine époque yé-yé, l’homme aux allures de dandy chic reste, comme son poinçonneur, « le gars qu’on croise et qu’on ne regarde pas ». Sauf pour ses grandes oreilles, souvent raillées par la critique.

Un talent au service de nombreuses interprètes

Gainsbourg quittera la scène en 1965, pour n’y revenir qu’en 1979. Il met son talent au service de nombreuses interprètes : France Gall, Juliette Gréco, Françoise Hardy, Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Vanessa Paradis... Et plus particulièrement Brigitte Bardot et Jane Birkin. Divorcé pour la seconde fois et déjà père de deux enfants, le jeune artiste est hébergé depuis février 1966 au cinquième étage de la Cité internationale des arts, 18, rue de l’Hôtel-de-Ville (4e). Dans son atelier-logement, une femme, « Initials B.B. », lui rend visite. Gainsbourg écrit pour Brigitte Bardot des titres emblématiques (Harley Davidson, Bonnie and Clyde...). Une passion torride mais brève. Décomposé par la rupture avec sa muse, il compose Je t’aime moi non plus.

Rue de Verneuil, jusqu’à sa mort

En 1969, l’année est érotique. Jane Birkin, sa « petite baby-doll », emménage avec lui dans son nouveau logement. Situé au 5 bis, rue de Verneuil (6e), à Saint-Germain-des-Prés, c’est une maison en duplex de 135 mètres carrés aux murs peints en noir. Gainsbourg y vit jusqu’à sa mort, et y entasse bibelots, objets d’art et souvenirs. Parmi ceux-ci, les premiers pas de sa fille Charlotte, née en 1971.

Serge aime flâner dans le quartier, dîne au Galant Vert, restaurant aujourd’hui disparu. C’est aussi un habitué du Bistrot de Paris, 33, rue de Lille (7e). Il y a sa table réservée − la 46 − et son champagne. Auteur et compositeur de génie, réalisateur, le docteur Jekyll Gainsbourg cache aussi un Mister Hyde. Victime d’une première attaque cardiaque en 1973, l’« Homme à tête de chou » n’en continue pas moins de boire et fumer. En 1979, après quatorze ans d’absence, le chanteur renoue avec le public au Palace (9e).

Dans les années 1980 et 1990, Gainsbourg cède progressivement la place à Gainsbarre. Jane prend la fuite. En 1986, sa nouvelle compagne, Bambou, lui donne un petit garçon, comme une seconde jeunesse. Il s’appelle Lucien. Serge ,fait monter « Lulu », âgé de 2 ans, sur la scène du Zénith (19e) en 1988. Ce sera la dernière scène parisienne de Serge. Le 2 mars 1991, à son domicile, l’artiste de 62 ans n’échappe pas à sa cinquième crise cardiaque. La veille de sa mort, les radios avaient reçu une version remixée de Requiem pour un con. Drôle de pirouette pour l’« ami Caouette ». Il est enterré au cimetière du Montparnasse (14e). Sa tombe est régulièrement fleurie de bouteilles, de mégots, de tickets de métro et... de choux.

L’aRtIStE, côté RUE Et côté jaRdIn

Découvrez le parcours édité par la Mission Cinéma de la Ville de Paris à l’occasion du film Gainsbourg (vie héroïque), réalisé en 2010 par Joann Sfar. Passez, entre autres, devant la maison de la rue de Verneuil (7e), sur le port de Montebello (5e) où Jane et Serge ont échangé leur premier baiser, et découvrez les Studios Ferber (20e) fréquentés par le chanteur. Autre lieu de promenade, près du métro de la porte des Lilas (19e) : le jardin Serge-Gainsbourg, inauguré en juillet 2010.

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