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Enquête à Paris, sur les traces du commissaire Maigret
Jules Maigret aime arpenter la capitale des années 1930. Suivons le célèbre commissaire, né sous la plume de Georges Simenon.
"Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre", film de Jean Delannoy, d'après le roman de Georges Simenon. Jean Gabin. 1958.

Paris s’éveille dans la fraîcheur d’un petit matin blafard. Et la brume qui s’accroche à la Seine voile la silhouette de la « tour pointue » du 36, quai des Orfèvres (1er). Nous avons rendez-vous ici, au siège de la Police judiciaire (PJ), avec l’un de ses illustres pensionnaires : le commissaire Jules Maigret. Au fond de la cour pavée, le vieil escalier en bois est « humide et glacé » (Maigret et le fantôme, 1964). Et c’est un couloir exigu et poussiéreux qui nous conduit au « terrier » du commissaire. 

36 Quai des Orfèvres, Direction de la police judiciaire

Le bureau que l'on trouve est vide, habité seulement par l’odeur de tabac froid et le poêle encore chaud. La fenêtre par laquelle Maigret aime regarder le fleuve est grande ouverte. Un rayon de soleil se fraye un passage parmi les nuages pour venir caresser le pont Saint-Michel (6e), son préféré. Sur sa table, des « demis » vides et des restes de sandwiches témoignent d’une longue nuit, peut-être même d’un interrogatoire qui s’est éternisé. 

On nous apprend dans la salle des inspecteurs qu’hier soir un corps a été repêché dans le canal Saint-Martin (10e), non loin de l’écluse des Récollets. Maigret s’est déjà lancé sur une piste aux alentours des quartiers Pigalle et Montmartre (18e). Avant de l’y rejoindre, nous décidons de passer par la place Dauphine (1er) pour nous assurer qu’il n’a pas fait une halte à la Brasserie, véritable annexe de la PJ. Maigret y a ses habitudes, et même sa table. À la Brasserie Dauphine, « il retrouvait, près du zinc, des visages familiers » (La Colère de Maigret, 1963). Pourtant, ce matin, pas l’ombre d’une pipe, ni d’un pardessus noir.

La Place Dauphine

Pigalle, ses lupanars et ses mauvais garçons 

Sous un ciel d’ardoise, Paris s’anime. Et la rumeur des Grands Boulevards nous parvient peu à peu. Dans le petit kiosque de la rue Réaumur (2e), les journaux se sont déjà emparés de la nouvelle et titrent : « Qui est l’inconnu du canal ? » Sur le boulevard Montmartre (9e), les élégantes se pressent devant les boutiques et les hommes chapeautés se frayent un chemin parmi les fiacres. Puis, aux abords de Pigalle, les visages changent et les rues deviennent populeuses. Pigalle, ce sont les mauvais garçons, les lupanars et les hôtels miteux rythmés par les bagarres et les crimes, les dancings et les cabarets encore endormis. Rue Fontaine (9e), l’enseigne rouge du Picratt’s est éteinte. Toujours aucune trace de Maigret. 

"Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre", film de Jean Delannoy, d'après le roman de Georges Simenon. Jean Gabin.

Dans la chaleur des bistrots parisiens 

Gourmet et gourmand, le commissaire croise souvent des chemins qui mènent aux bistrots et aux brasseries. Dans ces lieux de coude à coude populaire, les enquêtes avancent entre un petit coup de beaujolais et de fine. Place Blanche (9e), le patron du Cyrano nous apprend que le commissaire s’est régalé d’une choucroute arrosée de riesling. Il était accompagné par l’inspecteur Lognon, de la brigade du 18e. Enfin une piste sérieuse. Nous poursuivons donc notre enquête dans Montmartre.

Pipe au bec et chapeau de feutre sur la tête 

Le ciel gorgé d’eau retient son souffle. Malfrats et dames de plaisirs trouvent refuge sous les portes cochères. Rue des Abbesses, « la rue Lepic fait un grand coude, tandis que la rue Tholozé grimpe tout droit, en pente raide, et va la rejoindre à la hauteur du Moulin de la Galette » (Maigret et le client du samedi, 1962). Puis, la coquette avenue Junot bordée d’arbres presque nus descend vers la place Constantin-Pecqueur. 

Rue Lepic. Couple devant le moulin de la Galette dans les années 50

Au 29 réside l’inspecteur Lognon. Justement, nous apercevons ce dernier dans son complet gris souris. Il est seul et nous glisse à l’oreille que Maigret s’est dirigé vers l’écluse des Récollets en quête d’indices. Une pluie fine et mélancolique se met alors à tomber quand nous entrons dans le taxi.

La nuit étend doucement son voile sur la ville. Aux abords du canal Saint-Martin, nous devinons les ponts métalliques où passent des ombres. Sur l’eau glisse une péniche. Près de l’écluse, un agent fait les cent pas. « Maigret vient de rentrer chez lui », nous confie-t-il. En descendant vers la place de la République (11e), les lumières des réverbères se reflètent sur le sol. 

La passerelle de la Grange-aux-Belles passe au dessus de l'écluse des Récollets sur le canal Saint Martin

Alors que nous arrivons à l’angle des boulevards Voltaire et Richard-Lenoir (11e), un autobus s’arrête et une silhouette familière en descend. La pipe au bec, chapeau de feutre sur la tête et les mains dans les poches de son pardessus noir, Jules Maigret traverse la rue d’un pas empressé. Nous n'osons l’interpeller. À la fenêtre du 132, boulevard Richard-Lenoir, le rideau bouge. Et il ne nous est pas difficile d’imaginer la suite. « Madame Maigret ouvrit la porte de l’appartement avant qu’il en eût tourné le bouton. Elle ne lui fit pas remarquer qu’il était en retard. Le dîner était prêt » (Maigret se trompe, 1953).

GEORGES SIMENON, UN BELGE À PARIS

Il est né à Liège en 1903, mais restera à jamais le plus parisien des Belges. En 1922, Georges Simenon part tenter sa chance dans la capitale comme journaliste. C’est le Paris des Années folles. Il s’installe avec son épouse au 21, place des Vosges (4e). L’un de ses voisins se prénomme Maigret. Créé en 1931, le commissaire revient dans 103 enquêtes, dont 63 parisiennes. Comme son personnage, le vrai Maigret aime fumer la pipe et parcourir la ville. Simenon quitte définitivement Paris en 1945. Il meurt en Suisse en 1989.

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