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Notre-Dame de Paris, une renaissance en expo
Contrainte à la fermeture après l'incendie de la cathédrale, la Crypte archéologique de l'Île de la Cité rouvre ses portes avec une exposition qui tient de l'évidence: entièrement consacrée à Notre-Dame de Paris, elle rend un puissant hommage au monument, et aux artistes qu'elle a inspiré·e·s au fil des siècles.
LE STRYGE Musée d'Orsay, Paris (France)

Du 15 au 16 avril 2019, durant 15 longues heures, les flammes détruisent intégralement les toitures de la nef et du transept de la cathédrale, de sa charpente, et provoquent l'effondrement de sa flèche, dont l'absence figure paradoxalement son dégât le plus remarquable. L'image de ce monument emblématique de Paris se consumant à petit feu été largement diffusée, relayée, partagée, exacerbant l'émotion nationale comme internationale, pour atteindre des proportions qui auront parfois pu sembler éloignées de toute logique. Mais quel que soit l'attachement et l'intérêt que l'on porte à Notre-Dame, à ses valeurs symbolique, architecturale, religieuse, culturelle ou artistique, le retentissement exceptionnel de son incendie témoigne de sa place exceptionnelle dans le patrimoine historique français. La Crypte archéologique de l'Île de la Cité, qui s'étend sous le parvis de Notre-Dame, ne pouvait raisonnablement rouvrir que par un hommage à cette vieille dame meurtrie dans sa chair, mais toujours bien debout. Comme toujours avant d'entrer dans le vif du sujet, faisons un peu d'histoire...

Construite entre 1163 et 1345, la cathédrale Notre-Dame de Paris a connu dans les siècles suivants de nombreuses transformations visant, le plus souvent, à l’adapter au goût du moment et, donc, à effacer son caractère gothique. Sous la Révolution, les statues des rois et celles des portails sont détruites, la cathédrale devient un temple de la Raison. Elle est rendue au culte catholique en 1802, et Napoléon Bonaparte s’y fait sacrer empereur. En 1830, ce qui reste de la cathédrale gothique se révèle en très mauvais état. Vieille de plus de 500 ans, dégradée. vandalisée et peu entretenue, on envisage même de la démolir. 

Eugénie Henry épouse Latil (1808-1879), Quasimodo sauvant la Esmeralda des mains de ses bourreaux, 1832 Huile sur toile

Quand l'art force le destin d'un monument 

Fait exceptionnel, c'est la publication d'une "oeuvre de l'esprit" qui va sauver le monument, et changer à jamais son destin. Cette oeuvre est bien sûr le roman "Notre-Dame de Paris" de Victor Hugo, publié en 1831. Même si l’intrigue ne se situe pas à l’époque de sa construction, la cathédrale est la véritable héroïne du roman, habitée et hantée par les principaux personnage. Si au fil du roman Victor Hugo rend hommage à ce chef-d’œuvre hybride, à la fois roman et gothique, ce n’est pas tant l’église qu’il célèbre, mais bien le symbole de l’âme d’une ville, l'oeuvre nourrissant à son tour l’imaginaire populaire. Après l'immense du livre, l’opinion populaire pousse à écarter tout projet de démolition de la cathédrale et le gouvernement ordonne sa restauration. L'on découvre ainsi la cathédrale telle qu'elle se présentait au moment de la publication du roman d'Hugo, les grandes lignes du récit travers par les célèbres figures de Quasimodo et d’Esméralda, ou encore l’évocation prémonitoire de l’incendie de la cathédrale imaginée par Victor Hugo.

L'influence du chef d'oeuvre d'Hugo ne se limite pas à l'engouement suscité auprès du public, elle est aussi considérable sur l'énorme projet de restauration. L'architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui dirige le dantesque chantier de 1844 à 1864, reste fidèle au monument médiéval mais s’autorise aussi quelques créations: lorsqu’il dessine les sculptures, en particulier les monstres, il s’inspire directement du roman de Victor Hugo. L’un des principaux enjeux est en effet la restitution de l’important décor sculpté fortement dégradé par le temps et par des actes de vandalisme commis pendant la Révolution.

Francois-Nicolas Chifflart (1825-1901), Attaque de Notre-Dame, vers 1876-1877 Encre et gouache sur papier

Parmi les interventions spectaculaires, l’édification de la flèche sur le toit de la cathédrale est la plus importante. Surplombant l’église depuis le début du XIIIe siècle, la flèche initiale fut démontée à la fin du XVIIIe siècle à la suite de son affaissement. Viollet-le-Duc proposa de rebâtir cet élément emblématique de la silhouette du monument. Plus haute de quinze mètres, la nouvelle flèche venait prendre appui sur les fondations que l’architecte avait redécouvertes au-dessus de la croisée du transept.

Les premiers photographes à son chevet

Chance inouïe pour les historien·ne·s, comme pour les visiteur·euse·s que nous sommes aujourd'hui, ces 20 années de restauration ont fait l'objet d'une très riche documentation photographique. Le chantier de la cathédrale commence en effet quelques années après l’invention de la photographie et de la démocratisation du daguerréotype en 1839. Dans un siècle dominé par l’idée de progrès, cette nouvelle technique va permettre d’immortaliser les vestiges du passé que l’état commence à protéger.

Les premiers photographes sont les témoins privilégiés de la restauration et en capturent les nombreuses étapes, trouvant en Notre-Dame une inspiration nouvelle. L’architecture, sujet immobile, est parfaitement adaptée aux longs temps de pose des premiers procédés, qui exigent des manipulations de produits chimiques avant et après la prise de vue.

Charles Marville (1813-1879), Flèche de Notre-Dame en plomb et cuivre martelé, vers 1860

Ainsi, le chantier de la cathédrale attire de nombreux photographes parisiens, et il n’est pas toujours aisé de déterminer s’ils opèrent sur leur propre initiative ou répondent à une commande de l’Etat. L’architecte Viollet-le-Duc conservait un grand nombre de vues de l’édifice, signées par les plus grands photographes de l’époque: Henri Le Secq, Charles Nègre, Charles Marville, Gustave Le Gray, Auguste Mestral ou encore les frères Bisson.

Notre-Dame est éternelle

Agrémenté de reproductions et de dispositifs numériques parfois bluffants, le parcours retrace l'avant, le pendant et l'après de ce moment charnière dans son histoire. La postérité du roman a quelque chose de fascinant, en ce qu'il a inspiré une profusion d'adaptations et d’œuvres – peintures, gravures et, plus tard, photographies – qui aideront à faire connaître la cathédrale dans le monde entier. Notre-Dame de Paris est traduit dans de nombreuses langues et bénéficie, dès les années 1860, d’éditions richement illustrées. Il est également adapté à l’opéra, au théâtre, plus tard au cinéma et en dessin animé, en bande dessinée, ou même en comédie musicale. Dès l’origine, le roman se confond avec l’édifice, au point que, pour un large public, la cathédrale est associée à Victor Hugo et à ses personnages.

Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo à Eugène Viollet-le-Duc.

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Cette exposition en forme de canonisation de Notre-Dame de Paris (voir le court film clôturant l'expo, qui ne recule devant aucune emphase) peut se lire de la part des artistes exposés comme autant de déclarations d'amour, tant on a l'impression au fil des œuvres que la "vieille dame" se voit féminiser, et même fétichiser, à travers la façon dont ils la regardent, la représentent, apportent un soin maniaque à ses ornementations pour la rendre toujours plus belle ou l'affublent de symboles oblongs... Au terme de la visite, on reste stupéfait de constater qu'une oeuvre artistique ait eu pu avoir un tel impact sur son époque, et dont les effets perdurent aujourd'hui, près de deux siècles plus tard ; un unique livre qui rappelle, en ces temps troublés (comme le veut l'expression consacrée) toute la puissance politique dont l'art est capable.

Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo à Eugène Violet-Le-duc

Crypte archéologique de l'île de la Cité
Place Jean-Paul II, 75004 PARIS

Du mercredi 9 septembre 2020 au jeudi 31 décembre 2020

payant
évènement terminé