© Fotographische Sammlung Museum Folkwang Essen/Courtesy les Douches la Galerie
Expositions
L'ÉLOGE DE LA MAIN - REPORTÉ
Les Douches la galerie
Une exposition collective organisée par Les Douches la galerie.

Exercice de style redouté dans la peinture et le dessin, la main devient, dès les premières heures de la photographie, un motif technique et symbolique récurrent. Parce que la prise de vue le permet, la main est représentée fragmentée, isolée du reste du corps et apparait dès lors comme un sujet à part entière.

Membre personnifié par excellence, la main signe et appose son empreinte digitale. Seule, elle forme le portrait de son propriétaire par métonymie. Jean Cocteau, lui-même fasciné par les mains au point de leur donner la parole dans son film Le sang d’un poète (1930), est ainsi représenté par Berenice Abbott sous la forme de ses deux mains harmonieusement posées sur un chapeau. Dans le portrait du pianiste Arthur Rubinstein réalisé par Ernst Haas, la main figure également la profession et le talent du sujet, dont on cherche à reconnaître les marques de la virtuosité. Accompagnée de son double sculpté, cette main emblématique souligne sa force créative.

Souvent présentées dans des natures mortes et associées à des objets industriels, les mains expriment aussi une subjectivité artistique alliée ou opposée à une production mécanique. Ainsi, les mains de Jean-Philippe Charbonnier sont fusionnées à la machine à écrire dont elles deviennent des rouages, tandis que celles de Denise Bellon, minuscules et intriquées, sèment le trouble par leur artificialité.

À l’opposé du spectre, la main dématérialisée et fantomatique est un motif de prédilection de la photographie expérimentale. Coupées de la réalité, translucides, les mains d’André Steiner, Roger Catherineau, Maurice Tabard et plus récemment Thierry Balanger présentent un sujet familier dans sa version inconnue et quasi fantasmagorique. Dans le Poisson soluble (1934), André Breton racontait déjà : « Je pris cette main dans la mienne ; l’élevant à mes lèvres, je m’aperçus qu’elle était transparente et qu’au travers on voyait le grand jardin où s’en vont vivre les créatures divines les plus éprouvées.[1] »

Dans la photographie surréaliste, la main coupée est le symbole d’une psyché libérée, déstabilisant tout sens logique. Le premier Manifeste du surréalisme affirme d’ailleurs qu’il « gantera votre main, y ensevelissant l'Μ profond par quoi commence le mot Mémoire [2]». Attribut surréaliste et sujet poétique, le gant occulte en même temps qu’il habille. Chez Germaine Krull et Jean Moral, il est à la fois corps et objet.

Suspendue dans son mouvement, la main est également le motif par excellence du médium de l’instantané. Ainsi, Tom Arndt saisit la fougue du geste politique, et Arlene Gottfried le langage silencieux de la tendresse et de l’amour. John Baldessari isole puis réunit des gestes contradictoires, tandis qu’Hervé Guibert capture la simplicité d’un geste intime et quotidien.

C’est enfin la dualité de la main qui en fait un sujet photographique par excellence. Le portrait d’une main la dédouble, et prolonge l’effet miroir déjà produit par la paire qui se répond. Pierre Boucher recrée cette dualité par un jeu de reflets, et André Steiner entretient une ambiguïté de lecture par l’écho et les jeux d’échelle. Enfin, les portraits frontaux de Bruce Wrighton sont savamment composés autour d’une fausse symétrie dont le point d’équilibre serait la jonction des mains.

Fragment autonome dans l’expérimentation ou détail essentiel d’un instant saisi, la main est présentée dans cette exposition comme un objet photographique qui interroge les spécificités techniques du médium et sillonne son histoire.

Informations
pratiques

Les Douches la galerie
5 rue Legouvé
75010 Paris

Dates

Du 11 mars au 12 juin 2021 :
mercredi, jeudi, vendredi, samedi de 14h à 19h

Prix

0 €

S'y rendre

  • 5 : Jacques Bonsergent (268m) 4, 5, 7 : Gare de l'Est (497m)

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