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Steven Pippin: shooting photo
Jusqu’au 11 septembre, le Centre Pompidou propose une courte rétrospective du photographe Steven Pippin. Un artiste qui, à travers quelques concepts originaux, a totalement repensé la photographie. Cette exposition retrace l’évolution du travail du photographe, de la naissance de l’image à la destruction de l’appareil.
Mamiya 330, de la série Non Event, 2010

Les jolies photos, qu’est-ce que ça apporte ? C’est juste une surface.

Steven Pippin

Les photos présentées dans la galerie sont étranges. Pour la plupart totalement inesthétiques, elles font penser à ces clichés pris par erreur par un téléphone portable resté allumé dans une poche. Et pour cause, Steven Pippin ne s’intéresse pas au résultat de ses œuvres. Il n’étudie que l’idée qu’elle doit véhiculer, le contexte dans laquelle elle a été prise. Mais, ne vous y trompez pas, loin d’être élitiste, ses photographies teintées d’humour et pleines de références à l’histoire de cet art sont étonnamment agréables à regarder. Certaines, mêmes, nous rendent songeur…

Retour aux origines

Les premières photographies de l’exposition datent des années 1980. À cette époque déjà, l’artiste évolue à contre-courant. Alors que la photographie numérique se développe, Steven Pippin s’intéresse aux sténopés, des appareils photos primitifs à dispositif optique très simple. Il a l’idée de transformer des objets du quotidien en appareil photo. Réfrigérateur, machine à laver, baignoire et Photomaton deviendront sous ses doigts des appareils photos. Fort de ce succès, il transforme 12 machines à laver d’une laverie automatique en sténopé. Il fait marcher un homme devant ces appareils photos pour étudier la décomposition des gestes d’un corps en mouvement.

STEVEN PIPPIN Laundromat Locomotion (Walking Backwards), [Marche à reculons] L-L n°04, 1997 Douze épreuves positives par contact des films négatifs originaux

Puis, pour parodier les travaux d’Eadweard Muybridge, il refait l’expérience avec un cheval au galop.

02. STEVEN PIPPIN Laundromat Locomotion (Horse & Rider) [Cheval et Cavalier] L-L n°00, 1997 Photo documentaire de l’installation-performance

Autofocus

Abandonnant le sténopé, Steven Pippin se donne un autre objectif, celui de créer un appareil photo centré sur lui-même. Pour réaliser son projet, il coupe les appareils photos en deux, créé des jeux de miroirs ou superpose deux modèles identiques. Certains appareils fonctionnent réellement.

STEVEN PIPPIN Sinar Simultaneous 50:50, 2013

Destruction

Dans cette dernière série nommée Non event, Steven Pippin repousse encore les limites de la technique. Il veut pouvoir développer des photographies prises par un appareil en train d’être détruit. Pour cela, il relie l’appareil photo à une arme à feu de manière à ce que la prise d’image ait lieu au moment où il tire. Le résultat est impressionnant. Les clichés ressemblent étrangement aux photos rapportées par les engins de la Nasa. À travers les couleurs vives et pures il est impossible de distinguer la violence du choc.

Enfin, comme si la séance de tir n’avait pas suffi à détruire les mécanismes si fragiles, l’artiste a tenu à clore cette exposition par une photographie montrant un de ces appareils en train de brûler. Un geste qui résume à merveille la démarche artistique de Pippin, qui consiste à pousser le médium photographique dans ses ultimes retranchements, et même jusqu'à sa disparition.

10. STEVEN PIPPIN Dead End [Impasse] Doha, Qatar, 2013

Profitez de cette sortie au Centre Pompidou pour visiter l’exposition David Hockney, qui s'y tient jusqu’au 23 octobre.