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Erwin Olaf et Indochine, l'histoire derrière les photos
Quand Nicola Sirkis, leader d'Indochine, demande au photographe Erwin Olaf de réaliser la pochette et le livret du nouvel album du groupe, cela donne des photographies incroyables, forcément dignes d'être exposées. C'est la galerie Rabouan Moussion qui donne à voir la série de clichés. Nous y avons fait un tour et pu poser des questions au photographe.
Martin Vienne - Erwin Olaf x Indochine

Au 11 rue Pastourelle dans le 3e arrondissement, tout un petit monde s'affaire. Jacqueline Rabouan et sa fille Caroline Moussion s'apprêtent à accueillir les premiers visiteurs d'une nouvelle exposition consacrée au photographe néerlandais Erwin Olaf, un habitué de leur galerie. Pour l'heure, seuls les médias ont le droit de parcourir les différentes pièces et de découvrir les étranges clichés: une armée de fillettes revendiquant des bannières inconnues et posant fièrement devant l'objectif.

Ce projet est le fruit d'une collaboration avec le groupe Indochine, et plus précisément avec son leader Nicola Sirkis, qui depuis toujours travaille dans leurs moindres détails les visuels de ses différents opus, et ce grâce à la participation de nombreux artistes. L’Américaine Ana Bagayan avait déjà dépeint l’univers d’Alice & June (2005) par exemple. Plusieurs clips du groupe ont également été le résultat de collaborations avec des réalisateurs connus et reconnus: Jaco van Dormael pour Ladyboy (2006), Xavier Dolan et son polémique College Boy (2013), le photographe Richard Kern avec Black City Parade (2013), et enfin celui de La Vie est Belle, premier single de 13, leur dernier album, que l'on doit à Asia Argento.

Martin Vienne - Erwin Olaf x Indochine

Admirateur et collectionneur de l'œuvre d'Erwin Olaf, le chanteur contacte alors la galerie Rabouan Moussion pour qu'elle joue les entremetteuses. Il souhaite que l'artiste réalise la pochette et le livret de son prochain album, et qu'il s'inspire du travail du peintre Henry Darger qu'il avait découvert lors de l'exposition lui ayant été consacrée en 2015 au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. "Je ne connaissais pas cet artiste", avoue Erwin Olaf. Le monde imaginaire peuplé d'enfants de Darger, qu'il découvre alors, lui plaît. "Avec Nicola, on s'est très vite compris artistiquement. Nous avons beaucoup de références en commun". Nicola Sirkis lui accorde un budget conséquent et surtout une grande liberté artistique. "Il savait dans quelle direction il voulait aller et m'a simplement donné l'intention initiale: s'inspirer du travail de Darger et aussi l'idée d'avoir treize filles devant mon objectif  (comme "13", le nouvel album d'Indochine)."

Erwin Olaf, Nicola Sirkis, Jacqueline Rabouan, Caroline Moussion, les fillettes, les maquilleuses, les costumières, et même... un cheval (!) se sont alors rendus au beau milieu de la campagne hollandaise, dans un endroit perdu où se dresse majestueusement une architecture de béton, une radio désaffectée datant de 1919 (Radio Kootwijk). "Un vrai palais pour ces fillettes prêtes à diriger le monde." Pendant une journée, pas plus, le photographe shoote les différentes scènes qu'il a imaginées au préalable. En résultent 15 clichés étranges et puissants. "Les filles étaient fantastiques et très disciplinées. Ce sont des actrices... Elles incarnaient à merveille leurs personnages", confie Erwin alors qu'il découvre pour la première fois le making-of du shooting. "J'essayais d'être le plus possible à leur écoute. Par exemple, nous avions cette tomboy (garçon manqué) que l'ont avait affublée d'une jupe et qui nous avait alors confié son malaise. J'ai demandé à ce qu'on lui confectionne rapidement un autre costume avec un pantalon. Elle était si heureuse et cela s'est ressenti: son allure était puissante." Après avoir raconté cette anecdote, il ajoute: "Cela s'est si bien passé qu'on a très vite compris que les photos ne resteraient pas seulement dans le livret, mais seraient aussi exposées dans la galerie de Jacqueline et Caroline".

Martin Vienne - Erwin Olaf x Indochine

Le propos de ces photos? Erwin nous l'explique en quelques mots en se défendant d'avoir fait un pamphlet: "Vous savez, l'homme est le seul être vivant qui ne tue pas pour de bonnes raisons. Rendre dangereuses ces jolies petites filles habillées de costumes colorés aux teintes pastel, c'est un peu dénoncer l'absurdité de la guerre. Le deuxième message est de montrer que les enfants prennent de plus en plus de pouvoir: on les écoute de plus en plus... Mais, normalement, je ne donne jamais le message directement. Le travail doit rester avant tout poétique." En se baladant dans les deux salles de l'exposition, aucun cartel n'explique les photos. Le public est seul face à ces images fantasmées, et, en réalité, c'est bien mieux comme ça. 

Making-of 'Indochine x Erwin Olaf'

Toutes les infos ici:

Erwin Olaf

Galerie Rabouan Moussion
11 rue Pastourelle, 75003 Paris

Du samedi 9 septembre 2017 au samedi 23 septembre 2017

gratuit
évènement terminé
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