Le Paris des Parisien·ne·s
Jean-Charles de Castelbajac, un artiste protéiforme
Visionnaire iconoclaste, créateur prolifique, mais surtout artiste, Jean-Charles de Castelbajac sème son univers dans tout Paris. Que ce soit avec ses collaborations, ses petits anges dessinés à la craie dans les rues, son travail au Coq Sportif, l'homme est partout. Assis sur un banc du jardin du Palais-Royal, il délivre ses meilleures adresses parisiennes.
JCDC Picon - Laurent Guyot

Au 168-173 de la galerie de Valois, longeant le jardin du Palais-Royal, un petit monde s'affaire. Le créateur Jean-Charles de Castelbajac expose à Joyce Gallery Paris, pendant trois semaines, son travail autour de l'Instax mini 70, une collaboration arty avec Fujifilm. Ce soir-là, c'est le vernissage. Écharpe rayée nouée autour du cou, veste de costard bleu foncée et chemise claire sur le dos, l'artiste parvient à s'extirper de la galerie pour s’asseoir quelques minutes sur un banc du jardin. "J'ai voulu emmener le petit appareil de Fujifilm vers ce qu'il est: un jouet pop", nous confie t-il. 

Pour la marque, il a imaginé une version bicolore de l'appareil: rouge/jaune, bleu/rouge ou jaune/bleu (des dragonnes de la couleur "manquante" sont vendues avec), il a créé également une housse aux dessins poétiques et enfin une Instax Family Box qui en s'ouvrant devient un arbre généalogique en forme de sapin de Noël. "Mais, je me suis dit que participer à une aventure de marketing et de co-branding, ce n'était pas suffisant, poursuit-il. Et comme, pour cette collaboration, il y a aussi l'idée de la famille, j'ai trouvé que c'était le bon moment de faire découvrir le talent de mes fils. Leur travail est donc exposé au sein de la galerie aux côtés du mien. Les noirs et blancs sensuels de Guilhem sont absolument magnifiques. Tout le travail de Louis-Marie sur le rayonnement est très fort aussi. Même mon petit-fils de 10 ans, Balthazar, y expose ses photos".

JCDC Picon - Laurent Guyot

Paris est une ville inspirante pour les créateurs

Jean-Charles de Castelbajac

Longtemps incompris, voire décrié, Jean-Charles de Castelbajac est maintenant adulé. Il multiplie les projets et les collaborations. Le dernier en date et d'ampleur: la fresque géante de la façade du Terminal Sud de Paris-Orly. Son art se répand dans la capitale grâce aux petits anges qu'il dessine à la craie dans les rues. Même Notre-Dame de Paris est investie par "JCDC": "Le vêtement que j'avais créé pour Jean-Paul II (en 1997, le créateur avait dessiné une collection pour les JMJ à Paris) est dans le trésor de Notre-Dame. C'est une relique puisqu'il est devenu Saint! C'est assez bouleversant..."

"Paris est une ville inspirante pour les créateurs. D'ailleurs, il y en a tellement à Paris... C'est l'un des seuls endroits où le passé, le présent et le futur cohabitent d'une manière aussi harmonieuse." Pour retrouver le passé, Jean-Charles de Castelbajac cite sa bulle végétale préférée: le Jardin du Palais-Royal.

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Bulle végétale
C'est une enclave très mystérieuse. Dès que l'obscurité tombe, on bascule à la veille de la Révolution. On y croise les fantômes de Charlotte Corday ou de Choderlos de Laclos.
Jardin du Palais-Royal
2 place Colette
PARIS 1E

Le 14e arrondissement, c'est un véritable coup de cœur

Jean-Charles de Castelbajac

Il apprécie également les galeries sur les côtés du jardin. "De toute façon, Paris est faite pour les flâneurs, puisque, qu'il pleuve ou qu'il vente les galeries et les passages sont là pour abriter les Parisiens et touristes. Le passage des Panoramas, la galerie Vivienne et tant d'autres... Certains d'entre eux sont même abandonnés et n'en sont que plus émouvants."  Et pour flâner, Jean-Charles de Castelbajac flâne. Surtout la nuit. "Puisque je travaille tard, je marche du 11e au 14e pour rentrer chez moi. Cela fait 10km par jour!" 

"Ah, le 14e... C'est un véritable coup de cœur. Par la course que je pratique depuis 6 mois, j'ai découvert dans cet arrondissement beaucoup d'endroits que je ne connaissais pas ou peu." Il cite pêle-mêle le Parc Montsouris, les Puces de Vanves, les Grands Voisins... "J'aime dans cet arrondissement la simplicité des gens, le côté village."

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Bulle futuriste
J'y vais de temps en temps et voulais y développer un projet de concert... C'est un peu compliqué de monter quelque chose là-bas. J'espère que ça se fera un jour!
La Géode
26 Avenue Corentin Cariou
Paris 19E

Pour ce qui est du futur, la capitale regorge, selon lui, d'endroits de la modernité. "Le métro, les ponts de métal, la tour Eiffel, ces prémices du futur, cette modernité mécanique, je dirais même cette sorte de rétro-futur... Paris est l'un des rares endroits où la modernité est romantique." JC de Castelbajac affectionne tout particulièrement La Géode, sphère futuriste posée au milieu du parc de La Villette. 

Hyperactif, Jean-Charles de Castelbajac a besoin de s'isoler dans sa "bulle spirituelle". Pour l'artiste qu'il est, l'église Saint-Roch semble toute désignée. 

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Bulle spirituelle
Saint-Roch est l'église des artistes. J'y ai accompagné dans leur dernier chemin beaucoup de mes amis...
Eglise Saint-Roch
296 rue Saint Honoré
PARIS 1E

Avide de découvertes, l'artiste aime admirer le travail de ses pairs, et pour cela il se rend au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris. "La programmation est très éclectique. La dernière exposition que j'ai vu est Médusa: Bijoux et tabous. Le musée abrite l'une des plus belles chapelles modernes: La Fée Électricité de Raoul Dufy, une fresque quasiment en mouvement."

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Bulle culturelle
Ce musée porte un regard parisien sur l'art moderne. Sont présentés ceux qui ne sont pas célébrés et ceux qui le sont dans ce qu'ils ont de plus troublant et de particulier.
Musée d'Art moderne de la Ville de Paris
11 avenue du président  wilson
PARIS 16E

"Avec ce que l'on vit actuellement dans le monde entier, les nouveaux créateurs ont fort à faire. Il est impossible de s'habituer aux atrocités... Qu'on le veuille ou non, c'est la naissance d'une nouvelle société. Le rôle des artistes et des jeunes créateurs est là..."

JCDC Picon - Laurent Guyot

Bon vivant, Jean-Charles de Castelbajac côtoie les meilleures tables de Paname. Loulou, le restaurant du musée des Arts décoratifs dont il a créé l'identité visuelle, ceux du chef Pierre Sang, mais celui qu'il préfère c'est Roger La Grenouille!

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Bulle gustative
J'aime beaucoup le restaurant Roger La Grenouille. Le fils d'un de mes amis (François Pagot) a repris cette institution de Saint-Germain-des-Près. C'est un endroit authentique et beau.
Roger La Grenouille
28 rue des Grands Augustins
Paris 6E

L'art a brisé toutes les frontières

Jean-Charles de Castelbajac

Intarissable, le créateur confie son amour pour les grands magasins. "Le Bon Marché particulièrement, pour sa proposition de designers et de fooding. C'est enrichissant pour les yeux et l'imaginaire. L'art a brisé toutes les frontières, on le retrouve même là-bas." Mais parfois les artistes ont besoin de se retrancher entre-eux, et JCDC ne déroge pas à la règle. Il fréquente le club très privé: Le Silencio.

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Bulle cachée
De temps en temps, je vais au Silencio, le club un peu particulier (et surtout ultra-select, ndlr.) créé par David Lynch. Il y a toujours des performances et des spectacles intéressants. 
Le Silencio
142 rue Montmartre
Paris 2E

    S'il est artiste, JC de Castelbajac ne se cantonne pas à offrir le fruit de son travail seulement aux élites. Il prône un art démocratique. Voilà pourquoi il travaille au Coq Sportif en tant que directeur artistique, et pour lequel il a par exemple créé des sweat à triple capuche (!) bleu-blanc-rouge. Voilà pourquoi il a accepté cette collaboration avec Fujifilm. 

    Fin octobre, il sortira une réédition du Grand Armorial de la Toison d'Or (livre datant de 1420) avec l'historien des couleurs Michel Pastoureau. "On parle de l'héraldisme de la couleur dans la société moderne... Dedans, j'ai dessiné des rappeurs avec des blasons!" Le livre sera riche de 600 pages, et publié au Seuil/BNF. "Récemment, j'ai fait des dessins pour les 100 ans de la montre Tank de la maison Cartier, j'ai relancé mon parfum (Beautiful Day), je prépare une exposition des mes peintures à la Galerie Magda Danysz en février 2018..." Il s'arrête et reprend, sourire au lèvres et étoiles dans les yeux: "Mon rêve c'est de refaire de la mode et des défilés. J'ai mis ça en stand-by, je veux revenir avec un vrai concept sur la modernité. J'ai plus envie de parler de style que de mode." Décidément, à 67 ans, Jean-Charles de Castelbajac n'a pas l'intention d'arrêter de créer, quelque soit le domaine, et c'est tant mieux!

    Instax Mini 70 Bicolore by JCC+ - Fujifilm

    Lignée Instax "Father & sons" by JC de Castelbajac

    Joyce Gallery Paris
    168-173 Galerie de Valois, 75001 Paris

    Du mercredi 4 octobre 2017 au vendredi 27 octobre 2017

    gratuit
    évènement terminé
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