Le Paris des Parisien·ne·s
Claude Izner, un certain goût du mystère
Qui est Claude Izner, auteur à succès de polars? Ce pseudonyme cache en réalité deux sœurs, Liliane Korb et Laurence Lefèvre. Nous les avons rencontrées à l'occasion de la réédition des 3 premiers tomes des enquêtes de Victor Legris, leur personnage emblématique de la rue des Saints Pères.
Claude Izner ou les soeurs Laurence Lefèvre et Liliane Korb

En 2003, les sœurs Izner font un tabac avec les premières aventures de Victor Legris, libraire dans la rue des Saints-Pères, et figure parisienne du Paris de la Belle Epoque au 19e siècle. Résultat, plus de 800 000 exemplaires vendus en 12 tomes, et une reconnaissance internationale avec des traductions dans huit pays, dont les États-Unis! On ne s'étonne pas de la réussite de ce duo, tant Laurence et Liliane paraissent parfaitement complémentaires, que ce soit dans leur caractère, leur manière de s'exprimer, ou quand elles usent de leur plume. Laurence est calme et posée, Liliane est plus provocatrice. Elles nous reçoivent chez elles, autour d'un café et d'une bonne madeleine, du côté de Montreuil où elles habitent et où elles ont forcément une bonne adresse.

La grosse mignonne
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Ambiance de quartier
Un endroit extrêmement sympathique et chaleureux. Les patrons sont adorables, ça fait aussi piano bar, c'est très agréable dans le quartier.

Une enfance marquante

Pour Liliane et Laurence, les livres, c'est une histoire de famille! Leur père est bouquiniste sur les quais. leur mère loue et vend des livres sur le marché. Liliane se souvient: "c'était assez dur, on vivait au jour le jour car parfois il n'y avait pas de travail". Née en 1940, elle a onze ans de plus que sa cadette, Laurence, et garde un souvenir précis de son enfance et de la guerre: "Notre père a été arrêté (puis finalement relâché). Ma mère ne s'est pas déclarée comme juive, par esprit de contradiction et de rébellion, et nous n'avons pas porté l'étoile jaune. Je devais faire attention et ne pas dire un mot, pensant qu'on pourrait me couper la langue". La période d'après-guerre lui laisse aussi un gout amer: "j'en ai bavé à l'école, même l’instituteur était antisémite. Une rancœur tenace et une haine larvée".

Liliane est une insoumise: "j’ai défilé pour des avancées importantes, l’égalité salariale, le droit à l’avortement. Déjà à l'école, j'ai senti qu'il fallait rentrer dans une case. Petite, je ne voulais pas aller travailler et rêvais d'être reporter, photographe ou scripte. Plus tard, j'ai fait le tour des maisons de production sur les Champs-Élysées, mais je me faisais virer de partout. Et puis j'ai réussi à décrocher un poste de stagiaire sur un film de Jean Rouch, puis un autre de Pialat, j'ai appris le métier comme ça et ça s'est enchaîné! J'ai longtemps été monteuse pour "5 colonnes à la une", émission qui a lancé le genre du magazine de reportages, toujours considérée comme une référence. J'ai même travaillé aux Etats-Unis, avec Peter Brook, je connaissais mon boulot sur le bout des doigts. Ça a duré 13 ans. Mais je ne voulais pas devenir aigrie comme toutes les vieilles bonnes femmes du métier qui se tiraient la bourre. J'avais des lacunes en technique, le métier évoluait, moi j'aimais la pellicule, le rapport presque physique au métier, pas avec un ordinateur. Et puis c'est un métier passion mais chronophage... On vit dans une bulle, en vase clos, on n'a pas de vie privée".

Une histoire de famille

Elle remplace un été un bouquiniste sur les quais avec Laurence, qui a suivi des études d'archéologie. Cette dernière ne se destine pas au métier qu'exerçaient ses parents, mais quand Liliane lui propose de s’associer avec elle, Laurence se dit que cela leur laissera du temps pour faire plein de choses à côté. "Pendant des années, ça se passait bien, on savait que le weekend on allait travailler, quel que soit le temps. Et puis on a vu le métier se dégrader, et physiquement c'est assez éprouvant". Aujourd'hui, Liliane est à la retraite mais Laurence travaille encore. Elle a d'ailleurs deux bonnes adresses proches des quais.

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Quai de Montebello
C'est vraiment le café du coin, au comptoir l'expresso est à 90 centimes. Et puis ils sont très gentils.
Les gourmands de Notre Dame
1 Rue des Grands Degrés
Paris 5E
Avanti la Musica
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Réverie
C'est un magasin où j'aime aller. la patronne est devenue une copine. On y trouve des boites à musique, des objets qui évoquent la fête, des boules de noël, des pantins,...
Avanti la musica
73 Quai de la Tournelle
Paris 5E

Les deux sœurs ont aussi réalisé des courts métrages: "Un village au Nord Vietnam", film contre la guerre du Vietnam, "We Shall Remain Indians", portrait d'une Sioux alors qu'un groupe d'indiens occupe Alcatraz aux Etats-Unis, en signe de protestation contre les politiques d'assimilation auxquelles ils étaient soumis, ainsi que "Histoire d'un crime", qui porte sur l'expropriation d'habitants de Belleville éjectés en banlieue: "on sortait de mai 68, on voulait changer le monde. Pour ce film, les ouvriers nous ont laissées filmer de l'intérieur les maisons qu'on murait, c'était saisissant".

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Point de vue
C'est un endroit tout près des Buttes Chaumont, caché, avec de petit escaliers. C''est une rue pavillonnaire et on y voit tout Paris.
La Butte Beyrgère
76 Rue Georges Lardennois
Paris 19E
Square Danielle Mitterand
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Un enclos dans une maison
C'est un endroit magnifique, hors du temps. Anciennement c'était une rue de biffins, il y avait beaucoup de ferrailleurs dans le quartier, puis ça s'est gentrifié das les années 60.
Square Danielle Mitterand
Rue de Bièvre
Paris 5E

A la fin des années 70, Laurence écrit deux romans mais, accumulant les refus d'éditeurs pour les suivants, se décourage: "j'étais très timide, je ne savais pas me vendre", concède-t-elle. Liliane, de son côté, publie un livre de science-fiction pour la jeunesse et gagne un prix. "Je suis passionnée de science-fiction, j'adore ça!", dit-elle les yeux brillants. Elle conseille alors à sa sœur d'écrire pour le jeune public, et Laurence publie "Passage par la main d'or", puis, se sentant en manque d'inspiration, demande à Liliane de l'aider. Elles commencent à écrire à quatre mains, sous les noms de Liliane Korb et Laurence Lefèvre. S'ensuit une vingtaine d'ouvrages, du roman au livre documentaire, tel que "Les enfants aussi" sur la rafle du Vel d'Hiv. Laurence :"on faisait des animations scolaires et puis avec le temps, nous nous sommes lassées. Comme on avait écrit deux polars pour la jeunesse, on s'est dit, pourquoi ne pas le faire pour les adultes?".

Les débuts du succès

En 1999 sort "Sang dessus dessous", leur premier polar, mais sur le second l'éditeur ne suit pas. Leur vient alors l'idée d'écrire un livre sur la fin du 19e siècle: "on avait découvert la collection grand détective 10/18. Précédemment, on avait écrit un recueil de nouvelles sur Paris pour la jeunesse et l'une d'elles parlait de l'inauguration de la Tour Eiffel en 1889. C'est comme ça que nous avons eu l'idée de l’époque et du lieu". Ainsi est né "Mystère rue des Saint-Pères" et le personnage Victor Legris. "On s'est beaucoup amusées. on s'est promenées dans Paris, on a inventé ce petit monde". Leur éditrice leur demande de trouver un pseudo, ce sera Claude, le deuxième prénom de Liliane et Izner, nom de jeune fille de leur mère: "non seulement c'est une forme d'hommage mais on trouvait que ça sonnait bien". Leur éditrice, trouvant qu'il y a matière à une série, leur commande 12 autres livres, et elles s’acquitteront de cette tâche avec succès, à raison d'un tome par an.

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Culte
La librairie Shakespeare et Company, même si c'est devenu très touristique. A l'époque, je cherchais une librairie. J'ai aimé le côté ancien, la petite salle du fond, chiner à l'étage.
Shakespeare and Company
37 Rue de la Bûcherie
Paris 5E

Les soeurs Izner sont ensuite déjà passées à autre chose: "chaque année, le livre sortait avec une postface historique, c'était beaucoup de travail". Les deux auteures publient alors "Le pas du renard" et "La femme au serpent", les deux premiers volumes d'une nouvelle série policière dans le Paris des Années Folles, avec pour héros Jeremy Nelson, jeune pianiste américain passionné de jazz. Télérama dira "Les années folles, les débuts du jazz, un jeune Américain à Paris à la recherche de son père… Les sœurs Izner ont toujours du talent pour construire des histoires bouillonnantes comme le meilleur foxtrot. Ça donne envie de prendre un bock à la Coupole en écoutant Maurice Chevalier chanter Dans la vie faut pas s’en faire". Rien que ça!

Les premières enquêtes de Victor Legris de Claude Izner aux éditions 10/18

Écrire à quatre mains

Comment écrire tant de livres à deux, à quel processus créatif Liliane et Laurence s'astreignent-elles? Liliane explique: "avant de démarrer, nous faisons des recherches. en grande partie dans les journaux et la presse de l'époque". Elles écrivent une trame à deux, qui évolue au fur et à mesure. Puis, en règle générale, Laurence écrit trois ou quatre pages et Liliane opère quelques modifications. Elle précise: "c'est difficile à comprendre de l'extérieur mais c'est comme une locomotive, on accroche les wagons, mais pas forcément dans l'ordre. On n'a pas de règles mais on se donne des contraintes, qu'il y ait un certain nombre de suspects et que le suspense soit maintenu!". Toujours engagées, elles dénoncent et distillent leurs idées dans les dialogues. l'histoire, l'action. 

Liliane précise "pour moi qui vient du montage, je ferai un parallèle avec la Nouvelle Vague, qui a réinventé la manière de découper un film. Pour nous c'est pareil, il faut savoir faire sa propre auto-critique en toute liberté, se dire "OK, ça sonne bien mais je dois le couper". Il faut être sans pitié et sans complaisance. La complaisance ça tue! On aime aussi beaucoup l’humour, les originaux, les excentriques, on a croisé beaucoup de ces personnages dans notre vie et on retrouve nombres d'hurluberlus dans nos livres". Elles veulent distraire, sans renier leur idées. Et Liliane, avant de délivrer ses deux dernières adresses, de raconter dans un éclat de rire le type d'humour auquel elle adhère totalement, résumé dans cette phrase de Groucho Marx: "j'ai passé une très bonne soirée, mais pas celle-ci!".

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Originalité
L'église est dans le square, c'est très joli. J'aime cet arrondissement, le 20e.
Eglise Saint-Germain de Charonne
4 Rue Saint-Blaise,
Paris 20E
8
Flânerie
J'aime aller du côté du bassin du Jardin du Luxembourg, vers le square, pour rêvasser, flâner,..
Jardin du Luxembourg
2 rue Auguste Comte
PARIS 6E

Toutes les actus de Claude Izner sur le site et la page Facebook!

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