Le Paris des Parisien·ne·s
Alexandre Samson, l'excellence sinon rien
Responsable de la création contemporaine du Palais Galliera et commissaire de l'exposition MARGIELA / GALLIERA, qui célèbre les 30 ans de la griffe de l'un des couturiers les plus talentueux et les plus insaisissables, Alexandre Samson est un jeune homme qui passionne tout autant qu'il impressionne. Entrevue avec un personnage qui ne laisse pas indifférent!
Alexandre Samson, Responsable de la création contemporaine du Palais Galliera et commissaire de l'exposition MARGIELA / GALLIERA

Les équipes s’affairent au Palais Galliera, le Musée de la mode de la Ville de Paris. C'est la dernière ligne droite avant l'ouverture le 3 mars de la première rétrospective consacrée à Martin Margiela dans la capitale. L'ancien assistant de Jean-Paul Gaultier, dont peu connaissent le visage, est le seul créateur belge de sa génération à avoir fondé sa maison à Paris. Plus de 100 silhouettes, vidéos de défilés, archives et installations, permettront de revenir sur la carrière du créateur, de 1989 à 2009.

Petites lunettes noires graphiques vissées sur le bout du nez, Alexandre Samson nous convie au café d'en face, où sévissent deux minuscules Yorkshires, langues pendantes. Peut-être a-t-il senti notre passion pour les canidés, quoiqu'il en soit, nous sommes aux anges! Près du café se trouve son restaurant favori, une adresse qu'il place en "tête de liste".

Restaurant Ancora Tu
1
La meilleure des cantines
Ce sont deux sœurs italiennes, affublées d'un magnifique patronyme, qui font une cuisine incroyable, celle de leur grand-mère. C'est même meilleur qu'en Italie. Et elles sont adorables!
Ancora Tù
6 Rue de Chaillot
Paris 16E

Il nous explique autour d'un bon café: "Margiela, le créateur le plus influent de la fin 20e début 21e, est entouré d'un parfum de mystère. Notre musée possède un fonds exceptionnel de 400 de ses pièces, ce qui couvre quasiment toute sa carrière. J'avais assuré deux commissariats d'expo en tant qu'assistant d'Olivier Saillard, l'ancien directeur du musée et commissaire des expositions. (NDLR: il a quitté ses fonctions en décembre 2017). Il m'a donné ma chance, c'est un peu mon mentor".

Ces deux expositions, ce sont "Haute couture", qui s'est exportée jusqu'à Tokyo, et "Fashion Mix", qui expliquait ce que la mode parisienne doit aux étrangers, anglais, belges, italiens,.. "On ne le sait pas forcément mais le fondateur de la "Haute Couture" lui-même est anglais!", nous apprend-il.

Palais Galliera
2
Point de vue
J'aime le Palais Galliera, ses collections, son potentiel est dingue! Et le toit du musée est l’un des plus beaux et des plus insoupçonnés points de vue sur la capitale

La genèse du projet 

Olivier et Alexandre commencent par essayer de contacter Martin Margiela, ce qui n'est pas une mince affaire tant le créateur est discret, secret, voir insaisissable. Ils font chou blanc puis ont vent de l'existence d'une amie du couturier résidant en Belgique. Qu'à cela ne tienne, ils la contactent et lui expliquent leur projet,  Banco!

Il a répondu qu'il était très intéressé, on était sans voix.

Alexandre Samson, commissaire de l'expo Margiela / Galliera, 1989-2009

Alexandre poursuit: "Nous l'avons rencontré et il a adoré. Martin Margiela est quelqu'un de doux, gentil, élégant dans sa manière de se comporter. Il est très didactique et m'a expliqué chacune de ses collections. Le Palais Galliera est cher à son cœur. car c'est le 1er musée qui a collectionné ses œuvres. Sur les défilés, on achetait des silhouettes entières de lui". Le Musée n'enrichit pas ses collections uniquement lors des défilés. Alexandre nous livre une des ses fameuses adresses, le dépôt-vente de luxe de Didier Ludot, "antiquaire de la Haute couture".

Dépôt-vente Didier Ludot
3
Dépôt-vente
Le nec plus ultra du vintage à partir des années 1920 où je viens souvent trouver des pièces pour le Musée.
Didier Ludot
Jardin du Palais Royal, 24 Galerie Montpensier
Paris 1E

Un air de liberté

L'exposition va retracer chronologiquement le parcours de Martin Margiela afin d'en fournir quelques clefs: "Comme il reste anonyme, peu de gens ont une vision claire de ce qu'il fait, il ne parle qu'à travers son travail. J'ai pour ma part remarqué que toutes ses collections sont liées les unes aux autres. Et c'est passionnant! Il a réalisé une collection oversize après le passage à l'an 2000, à l'époque tout le monde était contre, et actuellement, la mode ne s'inspire que de ça. Pour sa collection Printemps-été 90, totalement monochrome (en blanc), il voulait opérer une cassure avec les années 80, les épaules, la carrure, la mentalité, lui préfère les années 70 où flottait un authentique air de liberté. Il n'y avait pas le sida..."

Années 80

Il a organisé son défilé sur un terrain vague aux abords de Paris, dans le 20e, et a invité les gamins d'une école du quartier à dessiner eux-mêmes les invitations. Quand le staff est arrivé le jour J, des enfants jouaient en plein milieu. Martin Margiela leur a dit de les laisser, car après tout, c'était leur terrain de jeu. Pendant le défilé, ils couraient parmi les mannequins, le milieu de la mode était scandalisé! Lui en tous cas ne l'a pas fait pour choquer.

Défilé Marton Margiela

Se révéler à soi-même

Nous désirons en savoir un peu plus sur le parcours non pas du créateur, mais de notre jeune commissaire d'exposition, qui a cela de commun avec le couturier qu'il est lui aussi très élégant dans sa manière de se comporter et d'expliquer les choses. Délicat même. Il nous révèle qu'enfant, et même si nous avons un peu de mal à le croire, il n'avait aucun style, "j'étais presque un "normcore" avant l'heure," mais avec déjà une volonté incroyable de s'habiller en noir ou blanc: "J'étais assez effacé, pas du tout extraverti, je trouvais mes vêtements ignobles. Je ne voulais pas être à la mode mais avoir un petit truc à moi".

L'Eclaireur
4
Lieu secret
Une boutique de créateurs de mode nichée dans une galerie gothique à l’abri des regards
L'éclaireur
10 Rue Hérold
Paris 1E

"Un jour, j'ai participé à une pièce de théâtre et j'ai eu des retours incroyablement positifs. J'ai pris conscience que des adultes étaient pédagogues, étaient là pour révéler les enfants à eux-mêmes et les encourager vers leurs aspirations les plus profondes. Ça m'a totalement désinhibé et j'ai commencé à avoir confiance en moi, une confiance que je n'avais pas auparavant. Je me considérais moyen en tout, ça m'était insupportable mais il faut dire que j'étais un peu flemmard... J'avais enfin trouvé un domaine dans lequel j'excellais".

Alexandre jette alors toutes ses affaires de couleur et décide de s'habiller uniquement en noir. "Je me suis aperçu que le vêtement avait un pouvoir sur les gens, on ne m'a plus adressé la parole de la même façon alors que je n'avais pas fondamentalement changé. C'est pour ça que le vêtement m’intéresse, plus que la mode en elle-même. Car la manière dont on s'habille change le rapport aux autres".

Il n'y a pas de hasard

Après ce nuage rose, il connait quelques moments douloureux, comme de nombreux ados. "Je jouais moins bien. Je voulais faire le conservatoire mais j'avais perdu l'envie. J'ai heureusement eu une prof de philo formidable qui m'a dit un jour cette phrase que je n'ai jamais oubliée: "vous êtes comme un arbre qui aurait des branchages et des feuilles mais pas de racines". Mes parents bien sûr n'étaient pas d'accord pour le conservatoire, ils voulaient que je fasse quelque chose de 'sérieux'".

Il se rappelle que petit, il rêvait d'être archéologue: "Ça m'avait toujours passionné, le mystère, ce qui est caché mais qu'on peut découvrir". Il tente l'Ecole du Louvre, achète tous les livres possibles, potasse, et ça marche, il est accepté dans la prestigieuse école. "J'arrive à Paris! J'ai du mal à comprendre les gens qui n'aiment pas Paris. C'est fatigant, mais c'est tellement beau, organisé et désorganisé en même temps".

Que Faire à Paris cette semaine?
5
Ville lumière
Pas une rue de Paris où je ne suis pas heureux d'être, de marcher! Cette ville a quelque chose qui me surprend toujours, partout où je me promène. 
Paris
75000
Paris

Il choisit l'option mode, qui vient tout juste d'être créée. Grace à sa prof d'histoire de la mode, il fait un stage au Palais Galliera avec Corinne Dom, responsable de la régie des œuvres. "Un jour, je tombe sur une robe bizarre, un grand carré noir de velours sans couture avec 4 entailles aux ciseaux, la matière était dingue, hyper lourde, comme un meuble mais à la fois légère et brillante. Une sensation incroyable. J'ai demandé à la mettre sur un mannequin et là, la révélation! Comment un simple carré noir pouvait-il produire un tel effet? C'était un vêtement exceptionnel, pensé comme tel dans sa construction, proche de la sculpture. C'était l’œuvre de Mme Grès. une des plus grandes couturières de Pais tombée dans l'oubli. Je me disais, mais comment est-ce possible? Comme je suis un peu monomaniaque, je me suis acheté tous les bouquins la concernant! D'ailleurs les livres, j'en ai toujours un sur moi mais je n'ai jamais assez de temps à mon goût pour m'y consacrer.

6
Voyage voyage
J'aime toutes les librairies! Elle n'est pas loin de chez moi, j'essaye toujours d'y passer mais il me faut une idée précise. Là c'est "Une vie" de Simone Weil, puis ce sera Françoise Sagan
Les guetteurs de vent
108 avenue parmentier
Paris 11E

Un mentor

Corinne Dom lui promet que s'il y a une expo sur Mme Grès, elle mettra tout en œuvre pour qu'Alexandre soit assistant: "Cette femme, avec qui je travaille toujours, je lui dois beaucoup!". Olivier Saillard prend la tête du musée et prépare une expo sur Mme Grès. Corinne Dom lui recommande Alexandre. "J'ai commencé à travailler avec lui et je me suis jeté à corps perdu dans le travail. J'ai tout donné car j'adorais ça, ça a été une forme de thérapie par le travail! J'ai aussi travaillé en free-lance avec lui sur divers projets de livres (Hermès, Castelbajac), des expositions, des performances, dont "Cloakroom-Vestiaire obligatoire" avec la talentueuse Tilda Swinton.

Cloakroom - Vestiaire obligatoire au Palais Galliera

Alexandre finit par décrocher un poste au Palais Galliera en tant que responsable de la création contemporaine. "Olivier ne m'a pas lâché, on était un véritable binôme. L'expo Margiela, c'était son initiative et il m'a permis de la réaliser" conclut celui qui continue de garder un œil tourné vers l'extérieur car "c'est bon pour la tête!". "Je rêve de faire une expo au Musée de la chasse et de la nature. C'est très étonnant car le sujet ne m'attire pas du tout mais c'est un musée fascinant". 

Musée de la Chasse et de la Nature
7
Allégorie
C'est mon rêve d'y faire une expo. rendre un hommage allégorique et sans violence à la nature, la base de tout, et mettre en valeur des savoir-faire.

MARGIELA / GALLIERA, 1989-2009

Palais Galliera - musée de la Mode de la Ville de Paris
10 avenue Pierre 1er de Serbie, 75016 Paris

Du samedi 3 mars 2018 au dimanche 15 juillet 2018

payant
évènement terminé


Newsletter
Chaque semaine, recevez un bon plan et votre semaine en un clic !