Le Paris des Parisien·ne·s
Glihtter Butch, une parisienne qui brille par son engagement
Nous avons rencontré une membre active de l'association Gras Politique, elle nous a parlé de sa vie, de son engagement et nous a même filé quelques bonnes adresses!
Amandine

Rue Championnet, Paris. Un soleil radieux descend sur la terrasse du Point Bar où j'ai rendez-vous avec Glihtter. Casquette de côté, chemisier, cravate et crane rasé, elle me rejoint et commande un double allongé.  "Je ne suis pas du tout parisienne, je viens de Clermont Ferrand", sourit-elle.

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Cosy
J'y viens souvent travailler, ils sont très gentils, ils ne viennent pas te harceler dés que tu as terminé ton café.
Le Point Bar
99 Rue Championnet
Paris 18E

En 2007, après des études à Montréal, Glihtter débarque à Paris pour poursuivre son cursus en linguistique et traduction. "Mon amoureuse vivait alors à Montpellier, Paris était le seul endroit où nous pouvions faire nos études ensemble." Très vite, elle s'y fait un réseau, des amis et entre dans la vie professionnelle en tant que traductrice. "Je fais beaucoup dans le marketing mais aussi dans les jeux vidéo comme Guitare Hero 4". 
Après une parenthèse de 2 ans en Irlande, Glihtter s'installe définitivement dans le 18e. C'était il y a 3 ans. 

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Insolite
J'ai hésité à vous donner rdv dans ce magnifique bar au décor improbable, entre léopard et boule à facette. On vous y accueille comme rarement à Paris.
Le Briot
216 rue Marcadet
Paris 18E

"Depuis, j'ai essayé plusieurs fois de m'engager dans des associations queer et féministes, mais je suis assez timide et j'avais du mal à m'intégrer dans des groupes déjà faits." Il y a un an, la rencontre avec les filles de Gras Politique, est décisive. Elles s'appellent Eva, Daria, Anoush, Sophia, Christal, Eva et forment un collectif queer luttant contre la grossophobie. "Avec elles, je me suis engagée pour de bon, je suis trésorière. D'ailleurs j'aimerais bien avoir plus de boulot, et plus d'argent à gérer!" 

Car il en faut des moyens pour agir. Depuis deux ans, le collectif multiplie les initiatives avec énergie. "On organise toutes sortes d'activités comme le Yogras, c'est un cours de yoga qui prend en compte les difficultés que l'on peut avoir avec un corps différent." Il y a aussi le vide-dressing solidaire avec des pièces à moins de 10 euros et des dons pour les personnes grosses en difficultés, "on a rencontré une assistante sociale qui nous a alerté sur leur difficulté à trouver des vêtements à leurs tailles, alors on a agi et on a récolté pas mal de dons. On va essayer d'en faire 2 fois par an, c'est beaucoup d'organisation!"

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QG
Un bar de quartier très chouette. L'une des fondatrices de notre collectif habite juste au dessus, on s'y retrouve souvent pour des réunions au sommet!
Le régalia
1 Rue de la Convention
Paris 15E

"On fait aussi des sorties piscines, ça c'est mon bébé. J'adore la natation, j'en ai fait longtemps. Mais quand j'avais 14 ans, à la piscine,  un type m'a lancé "je ne savais pas que les vaches savaient nager!" Je n'y suis plus retournée pendant 10 ans, je ne suis hélas pas seule dans ce cas. Alors, régulièrement, on se retrouve à la piscine Keller. Le bassin ne nous est pas réservé mais être ensemble nous rend plus fortes face aux relous. Oui, ça peut être violent de montrer son corps à tout le monde et ça fait du bien de le faire avec des gens bienveillants et pas normés."

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Douce Piscine
Pour des questions de problème de peau, c'est la seule que je supporte: elle est sans chlore!
Piscine Keller
14, rue de l\'Ingénieur Robert-Keller
PARIS 15E

Gras Politique souhaite aussi libérer la parole en groupe, "en général, ils sont non-mixtes et réservés aux personnes grosses. Mais on réfléchit aussi à faire un groupe pour les partenaires qui subissent également la grossophobie par ricochet." Mais leur plus grand et le premier de leur combat c'est la grossophobie dans le cadre médical, c'est d'ailleurs Glihtter qui met à jour la liste des établissements de soin "safe" établie grâce aux témoignages des adhérentes.

Pendant l'interview, un homme hilare passe et nous crie un truc depuis la fenêtre de son camion. Je demande "qu'est-ce qu'il a dit", Glihtter sourit "Je ne sais pas mais bienvenue dans ma vie".

En savoir +

La grossophobie, c'est l'ensemble des discriminations subies et vécues par les personnes grosses ou perçues comme grosses. "Et ça impacte essentiellement les femmes même si les hommes en sont de plus en plus victimes également." Queer c'est quelqu'un qui de part son identité de genre ou son orientation sexuelle varie de la norme hétéro et pour qui c'est une construction politique."

Cette année, le collectif Gras Politique travaille avec la Mairie de Paris pour éditer des brochures à l'attention des personnels soignants. 

Plus d'infos sur la lutte contre la Grossophobie de la Mairie de Paris ici.

Elles luttent, mais elle n'oublient pas de célébrer les petites victoires. "L'année dernière, on a fait une grosse soirée à la Mutinerie avec un Show Burlesque, pour la sortie du livre "On ne naît pas grosse" de Gabrielle Deydier. En mai 2018, on recommence pour la sortie de "Gros n'est pas un gros mot" d'Eva et Daria, 2 membres très actives de l'association qui sont éditées chez Flammarion."

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Se mettre au Vert
Bouquiner au soleil. J'aime beaucoup ce parc, on y voit beaucoup de ciel. 

Peut-être que Glihtter Butch, y fera son show. Depuis 3 ans, elle enjolive les soirées engagées de ses performances burlesques. Short à paillettes, t-shirt moulant, elle s'amuse à détourner les émissions de télé de mode pour dénoncer leurs diktats. "Cela faisait longtemps que j'avais envie de faire du spectacle et de m'exprimer sur scène, mais je trouvais le milieu du burlesque parisien assez normé, je ne m'y voyais pas. Et puis j'ai fait un atelier avec Mimi Le Meaux et ma vie a changé!"

Glitter Butch au Cirque Electrique

Maintenant qu'elle est une vraie parisienne, Glihtter Butch a une pensée pour la province. "On est en train de monter une cellule du Gras Politique à Marseille, mais j'aimerais pouvoir aider les femmes isolées, qui n'ont pas accès à ce genre d'initiative dans des villes plus petites comme Clermont ou en zone rurale. Pour ça, il nous faut des moyens, qu'on puisse se payer le billet de train et intervenir dans les écoles, les hôpitaux, on vient de créer un compte sur Hello Asso, dans ce but". Vous savez ce qu'il vous reste à faire...

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