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Au Grand Palais, artistes et robots ont des choses à se dire
Encore quelques jours pour profiter de cette expo audacieuse au Grand Palais, qui délaisse un temps les rétros monumentales de peintres morts pour se tourner vers le futur de l'art. Au fil d'un parcours étonnant, artistes et robots dialoguent pour imaginer un avenir où les œuvres pourront être crées par les machines...
TAKASHI MURAKAMI Sans titre, 2016

Il y a cinq cents ans, le grand Léo de Vinci dessinait des rêves de machines extraordinaires: palais flottant, hélicoptère, char d’assaut, métier à tisser industriel… Si les palais ne sont pas encore suspendus dans les airs, ce qui ne saurait tarder, les prophéties du maître se sont révélées exactes, et même si elles n'ont pas encore asservi l'être humain, ce qui ne saurait tarder, les machines deviennent chaque instant plus évoluées et capables de prouesses difficiles à croire. Le projet "Artistes & Robots" s’intéresse ainsi aux applications de la haute technologie dans le domaine artistique, sous le prisme de l’imagination artificielle. Une machine serait-elle capable d’égaler un artiste? Un robot pourrait-il se substituer à un peintre ou un sculpteur? Dans quelle mesure peut-on parler de créativité artificielle? Ce sont toutes ces passionnantes interrogations qui font l'essence de cette exposition. 

Une vingtaine d’installations réalisées entre 1989 et 2017, toutes générées par des logiciels d’ordinateurs, robots conçus, programmés et installés par des artistes de treize nationalités, sont ainsi exposées. Des tableaux, des sculptures, des mobiles, des installations immersives, de l’architecture, du design, et de la musique: toutes les créations présentées sont le fruit de collaborations entre des artistes et des programmes robotiques qu’ils ont inventés. Petit tour d'horizon de quelques unes des œuvres les plus marquantes du parcours.

La machine à créer

Première installation présentée dans la scénographie, "Méta-Matic n°6" de Jean Tinguely montre que l'immense créateur avait déjà plus ou moins tué le game en 1956. Activée par un moteur électrique, les dessins de cette oeuvre, en apparence rudimentaire mais tellement puissante par les perspectives qu'elle ouvre, sont le fruit d’une collaboration entre l’artiste, la machine et "les regardeuses et les regardeurs", ces derniers activant le robot en contrôlant la vitesse, le mouvement de la toile et le support utilisé. Chaque dessin produit est unique puisque les commandes et les moteurs sont conçus de telle sorte que l’action répétitive soit impossible. Dans un esprit néo-dada et ironique, Tinguely nous oblige à nous demander ce qu’est une œuvre et en quoi consiste le rôle de l’artiste comme de son spectateur.

PATRICK TRESSET - Human Study #2.d La Grande Vanité au corbeau et au renard

Avec "Human Study #2", l’artiste français Patrick Tresset crée pour sa part des installations théâtrales autour d’agents robotiques en guise d’acteurs. Placés devant la Vanité au renard, trois robots de la série possèdent chacun un seul bras et un seul œil, le strict nécessaire pour pouvoir réaliser un dessin d’observation. Leurs corps sont de vieux pupitres d’écoliers sur lesquels sont posées des feuilles de papier. Les robots dessinent ainsi inlassablement des éléments de cette vanité, en une sorte de commentaire sur la futilité de l’existence humaine.

L’œuvre programmée

Musicien et théoricien, Iannis Xenakis est un pionnier de l’introduction de l’ordinateur dans le domaine musical dès la fin des années 1950. Son "UPIC" se présente comme une table à dessiner couplée à un ordinateur et à un convertisseur analogique-numérique, qui révolutionna le monde de la musique sur ordinateur et électroacoustique. Des écrans projettent ici des sortes d'encéphalogrammes défilants, où les notes, les bruits, les couches sonores, s'additionnent, se superposent au gré de formes mutantes et d'arborescences foisonnantes. créant d'improbables symphonies organiques.

Grand HexaNet, 2018

Elias Crespin met pour sa part en scène des éléments métalliques modelés à la main qui forment ensemble des figures géométriques. Suspendues dans l’air par des fils de nylon quasi invisibles, ces formes sont ensuite assemblées en sculptures animées par une programmation informatique, évoluant et mutant en permanence afin de produire des effets chorégraphiques subtils et changeants. "Grand HexaNet", conçu spécialement pour le Grand Palais, est un dallage monumental de triangles qui forment un hexagone, une des formes géométriques les plus répandues dans la nature et dans l’histoire humaine.

Le robot s'émancipe

L'une des œuvres les plus bluffantes de l'expo est sans doute un petit film intitulé "Sunspring", premier court métrage de science-fiction imaginé par Oscar Sharp mais écrit entièrement par l’Intelligence Artificielle d’un robot nommé Benjamin. Ce dernier s’est nourri d’un corpus de dizaines de scénarios de science-fiction des années 1980 et 1990 récoltés en ligne. Le robot a disséqué chacun d’eux à la lettre. Au fil du temps, il a appris à imiter la structure d’un scénario, produisant des indications scéniques et des répliques bien formatées. Si certaines d'entre elles sont bien senties, elles s'assemblent toutefois sans réelle logique, et l'incompréhension est permanente durant ces quelques minutes surréalistes.

Sunspring | A Sci-Fi Short Film Starring Thomas Middleditch

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Dans ce même espace dédié à l'émancipation des robots se côtoient les œuvres de deux figures majeures de l'art contemporain. D'un côté l'inaltérable Orlan, qui présente une installation spécialement conçue pour l'expo se présentant sous la forme d’un corps-sculpture hybride à l’apparence de l’artiste, dont le cœur lumineux est rendu visible par transparence. L’oeuvre prend vie sous l'aspect d'un strip-tease d’un genre particulier grâce aux nouvelles technologies, qui cherchent à reconstruire et à réinventer les corps comme ORLAN à tenté de le faire avec le sien.

Murakami Arhat Robot, créé pour la rétrospective de Takashi Murakami au Mori Art Museum de Tokyo en 2015, est une extension de la peinture monumentale The 500 Arhats, réalisée par Murakami après le tsunami qui a frappé le Japon en mars 2011. En sanskrit, arhat signifie «celui qui est digne», une personne ayant atteint la dernière étape de la pratique bouddhique et le nirvana (l’illumination spirituelle). Avec sa sculpture humanoïde, l’artiste se représente lui-même, non sans ironie, comme l’une de ces figures bouddhistes illuminées.

Moralité?

Sans vouloir spoiler la fin de cette expo, on en sort avec l'impression que si ces robots sont capables de créer des œuvres de façon autonome, celles-ci restent le fruit de l'aléatoire, du hasard, ou d'algorithmes et d'interventions humaines. La création artificielle apparaît ainsi indissociable de la main de l'homme, et aucune machine ne possède encore de "conscience artistique", de talent intrinsèque. L'intelligence artificielle est avant tout la somme d'apprentissage plus ou moins profond, d'imitation de choses et de comportements observés et mémorisés. L'avènement de véritables robots artistes, doués d'aptitudes personnelles et singulières, semble encore bien loin de nous, s'il advient d'ailleurs un jour, le progrès technique n'étant pas sans limites. Mais ne nous empêchons pas de rêver un peu: peut-être verra-t-on un jour au Grand Palais une rétrospective des œuvres de BX-237, célèbre robot peintre des années 2060... 

Artistes & Robots

Grand Palais
Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris

Du jeudi 5 avril 2018 au lundi 9 juillet 2018

payant
évènement terminé
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