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La Cité Fertile fait pousser la ville de demain
Nouvelle venue cet été dans la famille des "tiers-lieux", la Cité Fertile s'est installée pour trois ans sur l'ancienne gare de marchandises de Pantin. On vous explique tout sur ce lieu étonnant et 100% naturel, avant qu'il ne ferme le 14 octobre. Si ce n'est pas déjà fait, dépêchez-vous d'y faire un tour!
La Cité Fertile

Écologique, végétal.e, vert.e, durable, recyclable, solidaire, éco-citoyen.ne, éco-responsable… Autant de qualificatifs de plus en plus accolés à un produit, une marque, un lieu pour re(verdir) une image dégradée ou encore à forger. Entre coup de tampon opportuniste et démarche sincère et approfondie, le Cité Fertile se place à coup sûr dans la seconde catégorie, tant elle semble avoir intégré, dans sa conception comme dans sa vie au quotidien, chacune de ces composantes. Clémence Vazard, responsable du projet, nous a fait le tour du propriétaire.

Un "tiers-lieu" écologique

L'ancienne gare de marchandises de Pantin, donc. Une friche industrielle dont s'est emparé l'agence "d'ingénierie culturelle" Sinny&Ooko, spécialisée entre autres dans la conception et l'exploitation de "tiers-lieux": un concept large qui désigne un espace social situé en dehors de ceux du travail et du domicile, mais qui dans les faits recoupe surtout les lieux de consommation collaborative, où se croisent des populations partageant des valeurs communes. Le cœur de leur métier: porter des projets, créer des lieux de A à Z, les gérer un temps puis les laisser vivre leur vie… 

La Cité Fertile

Après Glaz’art, le Divan du Monde ou encore le Comptoir Général, Sinny&Ooko porte désormais la REcyclerie, le Bar à Bulle, la Machine du Moulin Rouge et le Pavillon des Canaux. Elle profite avec la création de la Cité Fertile de l'opération "Urbanisme Transitoire by SNCF Immobilier" (désolé, c'est la formule officielle), qui vise à redonner vie à des bâtiments et des terrains de la SNCF inutilisés ou désaffectés, dans l'attente d'une rénovation urbaine en profondeur. Sur l'emprise de l’ancienne gare de marchandises, la Cité opère ainsi durant trois ans la transition avec l'aménagement de l’écoquartier de la ville.

La transition écologique, c'est le credo numéro un de la Cité Fertile, le mot fertile n'étant pas qu’une accroche. Le lieu se veut laboratoire de la ville de demain. et l'idée est véritablement de "fertiliser" ce terrain laissé à l'abandon, pour en faire une terre propice à l’éclosion du futur quartier. Tout dans le décor comme dans les pratiques est là pour sensibiliser le public à la thématique de l’éco-responsabilité. A partir d'un immense préau et d'une non moins vaste halle, on a bâti et décoré uniquement avec des matériaux de réemploi, qu'ils aient été récupérés sur le site même avec les halles voisines détruites, ou encore sur le chantier voisin de la Cité. L’eau de pluie est réutilisée, les déchets sont soigneusement triés... La préoccupation environnementale est donc loin d'être cosmétique.

Une identité qui s'installe

Mais ce qui donne réellement son âme au lieu, c'est sa programmation. Pour Clémence Vazard, la ville de demain sera culturelle, et la Cité Fertile essaie de faire passer le message. On y met en valeur une thématique par semaine, que ce soit le sport, l’alimentation, ou le travail, abordés sous un angle critique, constructif, visant à être utile au débat et, pourquoi pas, à faire évoluer certaines habitudes. Là encore, l'idée est de fertiliser, les consciences dans le cas précis. Activités, ateliers, rencontres, spectacles, conférences... L’écoresponsabilité est une affaire sérieuse certes, mais on montre qu'elle peut être abordée de façon fun. Les nombreux DJ sets sont là pour la rappeler, en compagnie de l'excellent label Microqlima notamment, ou encore le Paris Chill Racing.

La Cité Fertile

L'économie est elle aussi circulaire: la vente de boissons et la restauration permettent de proposer des animations de qualité, qui permettent d'attirer un public qui consomme, et ainsi de suite. Comme beaucoup d'autres lieux de ce type, la Cité Fertile privatise ses espaces. Une grande banque, premier employeur de Seine-Saint-Denis, en profite notamment pour montrer son investissement dans la vie économique du département, et aussi un peu, on imagine, mettre un peu plus de vert à son logo. Ainsi les entreprises, comme par ailleurs les organisateurs de certains événements accueillis, n’ont pas toujours de lien évident avec la thématique environnementale. Il existe donc une charte à signer pour celles et ceux qui désirent s’inviter à la Cité Fertile, une charte qui ressemble sans doute plus à une déclaration d’intention qu’autre chose, mais qui a le mérite d’exister.

Est-ce que ça marche ?

La Cité Fertile est donc un modèle économique en soi, elle ne reçoit pas de subventions publiques, perdant en moyens ce qu'elle gagne en indépendance. Et ça fonctionne: le succès a été très honorable cet été, avec plus de 20 000 personnes la semaine d’ouverture, et une moyenne de 5 000 les suivantes. Cela lui permet d'envisager, après la fermeture le 14 octobre, un ambitieux programme de travaux: un café sous le préau, une serre autour de la grande Halle, un vaste espace événementiel sont ainsi prévus, mais aussi et surtout une "école des tiers-lieux". Devant les nombreuses demandes d’informations et de conseils pour ouvrir son propre tiers-lieu, l'équipe de la Cité Fertile a décidé de créer une école dédiée, et bientôt un incubateur. 

Dans une aile prolongeant le préau, c'est un autre monde qui nous attend, sans grand rapport avec le végétal ou la récup: on passe une porte spatio temporelle et on débarque dans les années 60, dans un espace décoré du sol au plafond comme une agence de pub à la Mad Men. Au point qu’en passant la tête dans un bureau, on s’attend presque à y trouver Don Draper en personne, son verre de whisky à la main. Et l’on se découvre soudain l’envie d’ouvrir un tiers-lieu, là, tout de suite...

La Cité Fertile

La Cité Fertile regorge donc de projets et de potentialités. Mais c'est avant tout un vaste lieu où passer du bon temps, en accord avec certains principes, un grand brassage de public de tous âges et tous horizons, dans une ambiance verte et conviviale, avec le sentiment, même dérisoire, d'apporter sa petite pierre à l'édifice. La réouverture est prévue aux premiers beaux jours de 2019, alors ne tardez plus un instant, dernière chance le 14 octobre!

LA CITE FERTILE : 14 AVENUE EDOUARD VAILLANT à PANTIN

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