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Tous les tourments de la chair sont au Musée des Moulages
On poursuit cette semaine notre série sur les lieux de curiosités médicales à Paris, un voyage parsemé tant de splendeurs insoupçonnées que de visions horrifiques... Second arrêt: le Musée des moulages de l'Hôpital Saint-Louis, une visite dont vous ne sortirez pas indemne...
Musée des Moulages - Hôpital St-Louis - APHP

"Réservé à un public averti": avant de se lancer dans un film, un livre ou une expo, l'avertissement est classique mais souvent galvaudé, et vaut généralement plus pour son efficacité commerciale que sa pertinence. Le spectateur/visiteur pourra toutefois se féliciter d’avoir surmonté l’épreuve, et moquer la mise en garde auprès d’amis admiratifs devant tant de témérité. Mais celui-ci n’a sans doute jamais poussé la porte du Musée des moulages, secret bien gardé au cœur de l’Hôpital Saint-Louis. Ici la puissance d'évocation des œuvres dépasse parfois celle des fictions les plus extrêmes. Chacune d'entre elles est le témoignage d’une souffrance passée bien réelle, qu’on imagine intolérable. C’est ce qui rend la visite du musée si saisissante, entre fascination et répulsion, en tous cas inoubliable, dans tous les sens du terme.

Si le musée a été créé en 1885, c’est dès 1867 que la collection commence à se constituer. Le Dr. Lailler, alors médecin à l’hôpital Saint-Louis, demande à Jules Baretta, artiste de grand talent certes habitué à mouler des... fruits en carton pâte, de réaliser des moulages de parties du corps atteintes de lésions dermatologiques. Conçus comme des supports pédagogiques, ces représentations en trois dimensions offraient évidemment à l’étudiant un intérêt bien plus grand que les plans et dessins habituels. Après avoir donné près de 46 ans de sa vie à l’enrichissement de la collection, Baretta raccroche et laissera 4 artistes se succéder jusqu’en 1958, année de réalisation du dernier moulage. La collection que l’on peut voir aujourd’hui est donc une vue d’ensemble stupéfiante des ravages causées par les maladies d’une époque qui ne sait les guérir. Du fait de l’absence de remèdes, celles-ci se développent jusqu'à leur terme, causant dans bien des cas la mort inéluctable du malade. Comme un cobaye utile au savoir médical, qu’on ne peut le plus souvent que tenter de soulager temporairement, en attendant son soulagement ultime.

La scénographie du musée est minimaliste, mais parfaitement adaptée aux œuvres exposés: une seule salle (vaste et magnifique) toute en boiseries, des alignements serrés de vitrines aux murs et le long des coursives à l’étage, et dans chaque vitrine un assortiment très dense de moulages figurant une pathologie précise, réalisés dans leur immense majorité sur des sujets vivants. Chacune de ces pathologies dispose ainsi de son petit musée personnel: acné, eczéma, lupus, psoriasis… le plus vaste ensemble étant consacré aux dommages causés par la syphilis, parfois très spectaculaires, d’autant plus que souvent situé en dessous de la ceinture. Les plus zélés d’entre vous pourront ainsi admirer pas moins de 4807 pièces, la plus importante collection de cires dermatologiques au monde, classée aux Monuments historiques depuis 1992.

Si la visée première est donc scientifique à l’époque, les moulages sont tout sauf des représentations schématiques et simplifiées des pathologies. Ce sont d’authentiques œuvres d’art au réalisme et à la précision stupéfiantes, réalisées par des artistes qui ont su faire perdurer une esthétique affirmée et leur donner, sans perdre de vue la nécessaire neutralité scientifique, un supplément d’âme parfois poignant. Il faut voir ces visages drapés de blanc, à l’extérieur figé dans une expression d’extase quasi mystique, et pourtant rongés de l’intérieur.

Il faut être clair, la visite est impressionnante, à conseiller aux amateur.trices de sensations fortes, à déconseiller aux âmes sensibles. Le réalisme quasi maniaque de ces moulages, quand ils figurent les tourments de la peau les plus effroyables, trouble parfois jusqu’au malaise. Il nous ramène à notre propre épiderme, à sa vulnérabilité, et nous fait parfois éprouver dans notre chair les ravages immortalisés par l’artiste. Une question, naïve mais lancinante, nous hante ainsi tout au long de la visite: "mais comment ces gens ont-ils pu vivre avec ça ?!" Avec ce mal qui a vécu sa propre vie presque en dehors d’eux-mêmes, de sa naissance à sa mort, sans qu’ils n’aient pu faire quoi que ce soit pour l’empêcher? Si vous aimez vous faire (un peu) peur, faites comme nous, et laissez-vous hanter...

Musée des moulages - #journeesdupatrimoine

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Musée des moulages

Hôpital Saint-Louis, Porte 14 – Secteur Gris

 1 Avenue Claude Vellefaux, 75010 Paris

Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 16h30 hors jours fériés, et réservé aux visiteurs de plus de 12 ans

Attention, les visites se font uniquement sur rendez-vous et à l’occasion des Journées du Patrimoine 

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Publié le jeudi 14 février 2019