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Che Malambo! La rythmique argentine prend pied à Bobino
Che Malambo est un ballet unique en son genre : il retranscrit un esprit populaire argentin puissant et sensuel. Si le Malambo est avant tout une danse folklorique de la Pampa, le spectacle allie musique et rythmiques trépignantes au son des bombos.
Malambistes

La danse au masculin

En arrivant au thêatre Bobino, les ouvreuses prennent le soin de placer chaque invité. A peine la salle est elle remplie que les tambours retentissent et les douze danseurs de la troupe prennent d'assaut la scène, avec cris et fracas. Chacun portant son tambour en bandoulière, aussi appelé bombo, les danseurs martèlent une rythmique lancinante, qu'ils appuient avec leurs bottes. Il faut bien évidemment préciser que cette danse relève de l'imaginaire des gauchos, cavaliers solitaires de la pampa argentine. Che Malambo offre, aux premiers abords, la vision d'une vie de nomade, au côté du bétail, avec comme seul langage celui du corps soumis à la mécanique rythmique d'un cheval. Il est vrai que l'hésitation des rythmes, les mesures irrégulières et les ritournelles pointées donnent l'effet de cadence des chevaux. C'est dire à quel point cette danse nous fait voyager, en respirant l'inconnu.

Che Malambo

Le Malambo, trop souvent oublié ou méconnu car, dans l'ombre du tango, garde tout de même une grande sensualité. L'excellente mise en scène de Gilles Brinas (ancien danseur du Ballet du XXe siècle de Maurice Béjard) décortique ainsi, à travers plusieurs tableaux scéniques, ces temps de tension puis de détente. La chorégraphie, repensée aux côtés des meilleurs danseurs-chorégraphes de Buenos Aires ( Christian Vatimo, Fernando Matoso), maîtrise pleinement l'espace scénique. Les intermèdes de "battles" entre deux danseurs succèdent à des parties collectives, où se mêlent poésie et humour dansant. On les voit heureux de nous offrir ce spectacle. Les malambistes esquissent même des références musicales françaises (à la guitare), provoquant les sourires... Les clins d’œil improvisés sont toujours les bienvenus. 

Malambo

La musique est danse

Les talents sont pluriels durant ce spectacle. Pour cette troupe argentine, le Malambo s'incarne autant par une rigueur des percussions que par une technique de danse et de pose du pied. L'entêtement d'un tempo est au service du corps et de ses articulations. Le Malambo remplace la mélodie par un déferlement physique et fait de ces ambassadeurs des musiciens et des danseurs. Tout au long de la performance, les rôles s'échangent. C'est ce qui est le plus frappant car ici, le musicien annonce un rythme et là, un danseur lui répond, sous forme de duel. Une phrase mélodique ou rythmée devient, par mimétisme, une réponse par le pied (pose du talon, de la plante ou de plein pied). Il y a dans le Malambo une défiance très masculine où le rythme devient danse et où chacun s'illustre par sa virtuosité et sa force. Spectacle très sonore, on est immédiatement frappé par le son uniforme des talons qui résonnent dans la salle. 

Malambo

Tradition et folklore argentin

A y regarder de plus près, on remarque que leurs tambours ou bombos sont d'ailleurs faits en peaux de bêtes, témoignage de l'héritage de cette tradition argentine. Chaque tambour, provenant ainsi d'un animal, est unique. Il est la propriété d'un seul danseur-musicien. De sonorité lourde, les 12 hommes, aux allures de cavaliers, ont le talent de jouer sur les variations de sonorité des peaux animales, provoquant ainsi des inflexions dans le public et une irrésistible  envie de danser. Si le Malambo est très démonstratif et impressionne, il est aussi furieusement communicatif. Ces scènes de folklore sont piquées des cris des danseurs et d'invectives argentines au public : "Oyé!". Le public est conquis et répond, parfois avec audace, par les mêmes clameurs. La troupe de danseurs joue avec son public et compte sur lui, sur nous, pour se dépasser. 

Malambo

Le spectacle se termine par un tableau étourdissant : les douze malambistes font tourner autour d'eux les redoutables boleadoras. Anciennement utilisés comme armes de jet par les cavaliers gauchos, ces grands lassos, par mouvement circulaire, percutent le sol en rythme et en cadence. L'effet de syncope est immédiat. On se rapproche du rythme cardiaque tandis que le public se crispe, de peur d'un accident. Tout tourne. Les danseurs accélèrent leur mouvement pour aller jusqu'à s'entrecroiser dans cette ronde spectaculaire et colorée. Les longs cheveux des argentins sont fouettés par les fils insistants des boleadoras, comme des couperets éclaboussant la scène de sueur. Un tableau presque hypnotique qui vient clore ce spectacle. 

Malambo


En représentation jusqu'au 21 avril au thêatre Bobino, les membres de la troupe Che Malambo prolongeront ce moment lors d'une tournée américaine. Ils méritent leur succès car c'est la joie de danser l'Argentine qui les anime. Courrez-y! Che! Malambo! 

CHE MALAMBO : L'expression d'un duel fougueux et viril !

Bobino
14-20 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Du mercredi 30 janvier 2019 au dimanche 21 avril 2019

payant
évènement terminé