Le Paris des Parisien·ne·s
Charlotte Pons, la vie après un premier roman
Livre Paris approche, ce grand raout incontournable pour les lecteurs, les auteurs, et aussi quelques apprenti·es écrivain·es. Pour l'occasion nous avons rencontré Charlotte Pons, qui a publié son premier roman il y a deux ans, et anime aussi son propre atelier d'écriture. Elle nous parle aussi de ses lieux préférés à Paris, jamais éloignés de l'écriture...
Charlotte Pons

"Ah là là, j’adorerais écrire un roman, devenir auteur, ce serait mon rêve"… Vous-aussi, vous l’avez déjà entendu autour de vous? Malheureusement trop souvent suivi de "mais je ne sais pas comment m’y prendre, ni par quoi commencer, en plus mon chat est malade, etc. etc.". Autant être clair tout de suite, vous ne trouverez dans cet article aucune recette miracle, mais peut-être l’inspiration nécessaire au déclic qui change tout. Ce weekend se tient le salon Livre Paris, rassemblement rituel où se retrouve, selon une tradition millénaire, toute la grande famille de l’édition française, façon cousinade, où le stand Gallimard, grand comme un département, peut voisiner (pas trop près quand même, non mais) celui d’un éditeur de poésie estonienne. Pour l’occasion, on a eu envie de vous présenter quelqu’un qui l’a réalisé, ce rêve d’écrire un livre, et qui, pas franchement égoïste, tente d’aider des aspirants écrivains à réaliser le leur. 

Charlotte Pons a publié en 2017 son premier roman intitulé "Parmi les miens", chez Flammarion s’il vous plait. Le récit âpre et tendu des déchirements d’une famille, des rancœurs entre frères et sœurs jamais vraiment cicatrisées, et amèrement rouvertes quand leur mère, à la suite d’un accident de voiture, se retrouve en état de mort cérébrale. Un texte fort qui va au-delà du drame familial, contaminé par le douloureux dilemme de l’euthanasie, qui s’ouvre ainsi: "Il y a peu de choses que je n’acceptais pas venant de maman. La voir mourir en faisait partie". Un ouvrage salué par la critique, comme le veut l’expression consacrée, et qui deux ans après continue de mener sa petite vie, peut-être même dans votre librairie préférée, rangé entre Ponge et Pouchkine. Bref, dites-nous Charlotte, ça fait quoi d’avoir écrit un bouquin, et de s'être élevée au-dessus du commun des mortels? Comment ça, il faut d’abord rembobiner un peu l’histoire? OK, commençons donc par le commencement, et plaçons le directement à la fac de lettres...

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poésie
Parce que la programmation y est foisonnante et formidable. Tous les soirs, plusieurs fois par soir, des rencontres, des lectures… Les prix sont accessibles et le lieu, convivial. 
La Maison de la Poésie
Passage Molière, 157 rue Saint Martin
PARIS 3E
2
théâtre
Pour le lieu, vraiment sublime, et la programmation, excitante
Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis boulevard de la Chapelle
PARIS 10E
Théâtre des Bouffes du Nord

Charlotte Pons a 18 ans, elle a déjà écrit deux textes de fiction, qu'elle envoie comme il se doit à des maisons d’édition. Un peu mieux qu’une parfaite indifférence, elle reçoit au moins des lettres de refus, de celles qu’on conserve en attendant le jour où le succès viendra, certains s’y reconnaîtront. Elle met de côté la fiction durant quelques années, mais pas l’écriture: elle intègre ainsi la rédaction d’un magazine de golf et de… tourisme, où elle satisfait son goût du portrait, un genre journalistique en soi, qui lui permet d'exprimer sa subjectivité et une certaine liberté créative. Même pour parler de golf et de… tourisme. Elle entre ensuite à la rédaction du site web du Point, y corrige et édite les articles, et affûte déjà son exigence de concision et de rigueur, quitte à batailler avec les egos boursouflés de certains éditorialistes maison. Elle passera 7 ans à la rubrique culture, et y réalisera surtout des portraits d’artistes musicaux dont elle est souvent fan, insufflant à la neutralité journalistique une nécessaire dose d’admiration personnelle, qui fait tout le sel d’un article.

Mais le besoin de voir autre chose se fait pressant. Son désir d’écrire des choses plus personnelles, également, d'autant que dans ses tiroirs trépigne déjà l’esquisse de ce qui deviendra son premier roman. En 2015, elle participe à un atelier d’écriture, qui sera déterminant. Elle n’y apprend pas à écrire (qui aurait la prétention "d’apprendre à écrire" à quelqu’un?), mais l’effet libérateur est spectaculaire. Dès lors, elle ne cesse de travailler son manuscrit, partout où elle peut, même dans le métro, sur son portable, mettant un bon coup de vieux au mythe de l’écrivain solitaire voûté sur sa machine à écrire. Elle travaille le texte "jusqu’à l’os", lui retire tout ce qui ne lui est pas essentiel puis, enfin, le juge prêt à être envoyé à un éditeur. 

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concerts
J’y ai vu mes meilleurs concerts. La salle est petite, ce qui permet une vraie proximité avec la scène et l’énergie de l’artiste. 
La Maroquinerie
23 rue Boyer
PARIS 20E
La Maroquinerie

Après le refus d’une première maison, elle cible une éditrice dont elle apprécie le travail chez Flammarion. Celle-ci aime le texte, et se dit prête à le soutenir. Mais rien n’est encore gagné. Sur un premier roman, chez un gros éditeur, c’est toute la chaîne de décision qui doit être convaincue. Pour se donner toutes les chances, elle lui conseille de retravailler son texte en lui "rajoutant un peu de gras", en clair de le rendre un peu moins sec et minimal. Finalement, le texte est accepté en janvier 2017, et une date de parution fixée. La joie est bien sûr indescriptible, et il est difficile de mettre des mots sur l’émotion ressentie par Charlotte. On ne dira donc pas que l’auteure est allée crier sa joie en courant à perdre haleine sur les quais de Seine…

Dans son parcours personnel, comme de manière symbolique, le fait d’avoir publié un livre, dans un pays qui se targue d'une prestigieuse tradition littéraire, est un vrai accomplissement. Mais l’euphorie est toutefois éphémère: l’attente est longue jusqu’à la sortie du livre, programmée en septembre, pour la redoutée "rentrée littéraire", où des centaines d’ouvrages sortent en même temps pour s’écharper dans un joyeux jeu de massacre. Surtout, elle prend alors conscience que "c’est du business. Jusque-là, je ne me préoccupais que de l’aspect créatif et tout à coup, le texte devient un bien, on rentre sur un marché concurrentiel, dans une économie sur laquelle on n’a pas la main". "Parmi les miens" est publié à la fin du mois d’août, quelques articles laudateurs sortent dans la presse, bientôt suivis de rencontres en librairies et de salons en province… Le livre quitte son cocon, les lecteurs se l’approprient, et c’est toute une vie qui se développe autour de lui.

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verdure
Pour son cèdre du Liban, ses cerisiers du Japon, ses plantes et ses fleurs. Et aussi pour y occuper les enfants: Grande Galerie, Grandes Serres, la Galerie de Paléontologie
Jardin des Plantes

Deux ans avant la sortie de son roman, Charlotte Pons avait déjà créé "Engrenages & Fictions", pour partager et transmettre sa passion de l’écriture créative. Cette structure qu’elle anime seule propose des ateliers d’écriture, mais aussi la relecture de manuscrits, la rédaction de contenus éditoriaux, l’animation de débats, de lectures. Si elle avait foi en son talent, et ne considère pas avoir changé de statut, le fait de devenir très officiellement primo romancière reste un cap symbolique, et lui apporte une légitimité supplémentaire vis-à-vis de ses élèves. Une proximité ambivalente se crée entre les participants et leur "modèle", à la fois si proche et si loin…

Comme celui de l’édition, le marché des ateliers d’écriture est riche et concurrentiel. Comment une structure modeste comme la sienne peut-elle se démarquer? Peut-être justement grâce à sa dimension à taille humaine, son fonctionnement plus artisanal que celui de certaines grosses machines, créant des rapports moins impersonnels avec le participant, qui ici n’est pas un simple numéro. L’ambiance bienveillante, qui désinhibe et libère, joue un rôle primordial pour exprimer sans entraves l’histoire que l’on a longtemps gardé en soi. Charlotte n’enseigne ainsi pas aux élèves "comment on écrit un roman", mais cherche plutôt à créer les conditions pour débrider leur écriture. Par une atmosphère de travail donc, sans cours magistraux façon masterclass fumeuse de certains gourous du genre, et en travaillant des thématiques, en s’adonnant à des exercices et en se jouant des contraintes, qui sont paradoxalement un excellent moyen de se mettre à écrire lorsque l’océan immense d’une page blanche vous engloutit. 

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insolite
Aussi palpitant qu’une série Netflix, moins cher qu’un ciné ou qu’un théâtre (je n’irais pas jusqu’à "mieux qu’un roman"): le tribunal correctionnel.  
Tribunal de grande instance
Avenue de la Porte de Clichy
Paris 17E

Ce qui intéresse Charlotte dans l’échange avec ses apprentis écrivains, c’est le travail sur le texte, malaxer la matière littéraire pour lui donner sa forme la plus aboutie, en se concentrant sur la construction plus que sur le style, qui reste soumis à un jugement dont elle ne prétend pas détenir les clés. Durant les ateliers, on lit son travail aux autres, on dit son ressenti, on se conseille, on s’aide, dans un élan constructif où chacun veut avancer et tendre vers l’objectif qu’il s’est fixé, qui n’est d’ailleurs pas forcément "d’écrire un livre", mais plus souvent de perfectionner sa technique, d'améliorer sa pratique de l’écriture.

La capacité réduite des ateliers et leur espacement dans le temps ne permet pour l’instant pas à Charlotte d’en faire son activité principale. Entre une collaboration avec un célèbre acteur pour un roman et quelques piges alimentaires, les droits d’auteur de son roman, malgré des ventes honorables, ne paient pas toutes les factures. Elle travaille dur à tenter de pérenniser le modèle original d’Engrenages & Fictions. Un lieu dédié aux ateliers serait déjà une base solide pour appuyer son développement, qu’elle espère dynamiser en diversifiant ses publics (notamment en s’ouvrant aux adolescents) et les activités proposées, ou encore en organisant des rencontres avec des auteurs. 

En attendant, il se murmure dans les milieux autorisés que le deuxième livre de Charlotte Pons serait en très bonne voie de publication, peut-être même cette année. Plus près de nous encore, vous avez l'occasion inespérée, veinard.es, de participer à un des ateliers d'Engrenages & Fictions lors du dernier weekend de mars. Que vous rêviez du Goncourt dès le premier essai, ou simplement de réussir à mettre des mots sur une histoire qui fait son chemin en vous, cet atelier sera peut-être, comme son premier atelier l'a été pour Charlotte, le déclic qui libérera votre écriture. 

Charlotte Pons

Stage d’écriture: comment incarner une histoire?

Engrenages & Fictions
152 rue de Belleville, 75020 Paris

Du samedi 30 mars 2019 au dimanche 31 mars 2019

payant
évènement terminé

LIVRE PARIS 2019

Paris porte de Versailles
1 Boulevard Victor, 75015 Paris

Du vendredi 15 mars 2019 au lundi 18 mars 2019

payant
évènement terminé