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Close, flânerie théâtrale au plus près des corps
Avec les expos de l'Atelier des Lumières ou Illucity, parc d'aventure en VR, l'expérience immersive est à la mode. C'est maintenant au théâtre que vous pouvez la vivre avec "Close", qui se joue jusqu'au 4 mai. Plongé.e au cœur d'un cabaret en 1917, vous participez à une pièce sans scène ni coulisses, en spectateur.trice ou acteur.trice, selon vos désirs...
Close

Le Chabanais, le One Two Two ou encore le Sphynx... autant de noms mythiques au parfum de soufre, maisons closes "prestigieuses" qui avaient encore pignon sur rue au début du 20e siècle. Dans "Close", le spectacle, c'est en 1917, au sein de l'établissement "Le Phénix", que l'action se déroule, un genre de cabaret coquin où "parfois les hommes se maquillent, et toujours les femmes commandent". Pendant la guerre, quand survient le couvre-feu, une faune d'artistes, d'insoumis ou de marginaux s'y retrouve pour faire la fête, et oublier la vie au dehors. Trame dramatique de l'histoire: vous êtes convié.es au mariage de Blanche, la petite protégée du Phénix. Mais la guerre n'est jamais très loin, et va bientôt s'immiscer entre les murs de l'établissement, dont cette nuit pourrait être la dernière... Et selon votre degré d'implication autorisé (le prix de votre billet), vous pourrez pourquoi pas jouer un rôle pour faire (légèrement) dévier la narration, façon livre dont vous êtes le héros.

Pour ceux qui s'attendraient à flâner dans le décor d'un lupanar, errer de chambres en alcôves pour y voir des chairs dévoilées, autant se calmer tout de suite. Si le titre Close émoustille, et le spectacle interdit aux moins de 16 ans, c'est bien dans un cabaret que toute l'action se passe. On justifiera tout de même l'intitulé en le prenant en version anglaise, et en le traduisant par "proche", terme adéquat pour qualifier une expérience où toute distance entre comédien.nes et spectateur.trices a disparu.

CLOSE (2019) - Official Trailer I Extended

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Petit rue du 11e, porte d'immeuble parfaitement banale, on peut dire que l'entrée du Phénix ne paie pas de mine. Mais sitôt ouverte, l'expérience commence, en douceur. Accueil personnalisé par l'une des "filles" de la maison, remise d'un loup pour la petite touche libertine, et ensuite c'est le choc: celles que l'on découvrira par la suite chanteuses ou effeuilleuses vous réceptionnent en haut d'un escalier avec une coupe de champagne, puis vous emmènent dans un décor assez stupéfiant. Un lieu hors norme, deux niveaux autour d’un immense patio où l’on évolue à sa guise. Le fait de déambuler en toute liberté dans un lieu où le spectacle est permanent, à la fois partout et nulle part est aussitôt grisant, et conviendra tout à fait à ceux qui font des allergies aux fauteuils serrés de salles parisiennes parfois confinées dans des caves.

La pièce se joue en même temps dans divers endroits du décor, sur la scène de cabaret bien sûr, où se succèdent les numéros polissons (ou non), mais aussi dans les coulisses, et à l’étage, dans une superbe chambre "d'époque" reconstituée avec un souci du détail maniaque. De scénettes écrites en interactions improvisées, on butine ainsi à son gré, souvent démangé par l'envie d'intervenir, d'adresser la parole aux personnages qui prennent chair avec plus de force encore que sur une scène. L'échange est d'ailleurs bienvenu, pour peu que l’on n’essaie pas de faire le "troll", mais plutôt d’être dans l’esprit et de créer des moments qui rendent l’expérience un peu plus intense.

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L’interaction a toutefois ses limites, et la narration doit suivre son cours. Les comédien.nes sont obligé.es de s’adapter, d'improviser tout en restant dans leur personnage, et la tâche n’est pas toujours facile. La prestation dépend aussi du spectateur, des propositions qu’il peut faire. La dispersion des scènes empêche de suivre toute la narration, des détails nous en échappent, et l’on peine à se passionner pour une intrigue qui reste somme toutes assez mince, et peu révolutionnaire.

On n'en révélera donc pas les détails, l'important n'était sans doute pas là, mais plutôt dans la pure sensation d'immersion. En ce sens, le décor pourrait presque suffire à nous convaincre de la réussite de l'expérience, tant il est réussi. Certaines pièces sont étonnantes de richesse et d’authenticité, on laisse le regard se balader au gré des trouvailles dénichées, des lampes, des meubles, des bibelots ou des lettres manuscrites. Le diable est dans les détails, et la réussite de l’immersion tient aussi au soin apporté à la reconstitution d’un cabaret de cette époque, en tous cas à l’image que l’on s’en fait aujourd’hui. 

Sans être exagérément obscène, on pourra quand même trouver l'histoire qui se raconte autour de nous un peu trop chaste, et manquant d'un peu de piquant. On aurait aimé un peu plus d’audace narrative mais aussi visuelle dans les numéros de scène, d'un peu de folie dans les happenings à demi improvisés... Une vision moins idéalisée, un peu plus sulfureuse! Le genre immersif tâtonne encore un peu, mais la tentative vaut largement le détour. Le fait de choisir sa distance à l’action à tout moment, d’être purement spectateur de la pièce ou de s’y inviter en (modeste) protagoniste, est une proposition inédite, souvent enthousiasmante. A chacun de trouver sa place, et de s'approprier l'expérience!

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22, rue Deguerry, 75011 Paris

Du jeudi 11 avril 2019 au samedi 4 mai 2019

payant
évènement terminé