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Rouge, l'expo où l'art est au cœur du pays des soviets
Direction le siècle dernier et la Russie pour l'exposition sur l'art soviétique qui se tient au Grand Palais jusqu'au 1er juillet.
Rouge art et utopie au pays des Soviets

40 ans après la célèbre exposition "Paris - Moscou" au Centre Pompidou, c'est le Grand Palais qui revêt un costume rouge. A travers un parcours chronologique, découvrez le foisonnement artistique des artistes russes, de la célèbre révolution d'Octobre en 1917 jusqu'aux années 1940. Entre peintures, collages, maquettes et autres supports d’œuvres, préparez-vous à plonger dans une marée rouge, qui saura ravir tant les passionnés d'histoire et les amateurs d'art, que les curieux du régime soviétique.

L'art dans la vie

La première partie de l'exposition s'attache à nous faire découvrir l'omniprésence de l'art dans la vie des Soviétiques suite à la révolution d'Octobre. En effet, l'art est un moyen pour mobiliser les masses autour du projet révolutionnaire : c'est "l'armée des arts" de Vladimir Maïakovski. L'art traditionnel bourgeois est renié et les constructivistes prônent un art au service du prolétariat. Très rapidement après avoir lu les panneaux donnant quelques éléments de contexte historique, nous nous retrouvons devant une oeuvre qui attire l’œil: Pur rouge, un monochrome d'Alexandre Rodtchenko. Surnommé "le dernier tableau" par le critique d'art Nikolaï Taraboukine, cette oeuvre marque la fin de l'art en peinture pour de nombreux constructivistes.

Pur rouge

Quelques pas plus loin, nous arrivons devant un écran qui diffuse des extraits de pièces de théâtre. Ce dernier devient alors un art privilégié car il est vu comme en prise directe avec la vie.  L'industriel est un thème prégnant dans ce théâtre original où les hommes deviennent eux-mêmes des machines. Certaines scènes présentées sont déroutantes et nous ont rendus perplexes. Dans cette idée, les objets du quotidien tels que les fauteuils deviennent aussi des œuvres d'art. Si les imprimés qui habillent ce mobilier ne sont certainement pas au goût de tout le monde, ils sont une façon pour les constructivistes de revenir aux arts visuels, qu'ils avaient délaissés. 

La visite nous fait découvrir ensuite la transformation de l'architecture par les bolcheviques. Désormais, on ne construit plus de palais et autre bâtiment luxueux, on crée des maisons communautaires. Un petit reportage à la fois amusant et instructif nous montre comment ces nouveaux logements façonnent "l'homme nouveau".

Scènes de La Punaise

Vers le réalisme socialiste

Direction l'étage supérieur du Grand Palais pour la seconde partie de l'exposition, celle qui concerne le réalisme socialiste. L'effervescence culturelle prend fin en 1929, avec l'arrivée de Staline au pouvoir. A présent, l'art doit dépeindre un monde idéal et il laisse la part belle aux représentations de modèles héroïques. 

L'une des thématiques privilégiées de cet art d'état est le sport : il est synonyme de dépassement de soi dans une culture qui prône la vigueur et la maîtrise. Nous observons ainsi des toiles mettant en avant l'homme rêvé socialiste. Certaines œuvres comme celles de Deïneka et Samokhovalov tendent légèrement vers l'érotisme, de quoi surprendre étant donné que le puritanisme est de mise sous Staline. 

Les villes soviétiques sont elles aussi transformées. Au même titre que l'homme, la ville doit devenir modèle et refléter la grandeur du régime. Un retour au classicisme s'opère et Moscou est complètement transformée. Construction de places, création de parcs, apparition du métro... Le visage de la capitale change. De très belles maquettes du palais du Kremlin sont exposées et nous permettent de mieux nous rendre compte des constructions. 

Maquette palais

Ces nouvelles villes accueillent nombre d'artistes qui soutiennent le régime soviétique. Vue comme "la patrie du socialiste", l'URSS attire de plus en plus d'intellectuels, notamment avec la montée du fascisme. Les artistes révolutionnaires s'efforcent de diffuser une image radieuse de l'avenir à travers leurs travaux. En effet, nous sommes surpris de voir autant de couleurs vives dans les toiles exposées. Tout n'est qu'idéalisation. 

La mythification devient la norme artistique à la fin des années 30. Nous déambulons dans la dernière salle, au milieu de tableaux représentant Staline. Ce nouveau tournant concerne tous les arts et le mélange entre la réalité et la fiction devient la norme. La mise en scène du "petit père des peuples" est contrôlée à tous les niveaux. C'est peut-être là qu'on saisit à quel point l'art est sous l'emprise du pouvoir.

Portraits

Ayant nécessité trois ans de préparation, l'exposition "Rouge - Art et utopie au pays des Soviets" est une exposition riche, qui dévoile au grand public des œuvres méconnues, voire inconnues. Elle nous montre à quel point la politique et le pouvoir influencent l'art. Toutefois, nous aurions aimé avoir plus d'informations contextuelles à certains moments afin de mieux comprendre quelques œuvres assez obscures. Vous avez jusqu'au 1er juillet pour la découvrir !

Rouge - Art et utopie au pays des Soviets

Grand Palais
Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris

Du mercredi 20 mars 2019 au lundi 1 juillet 2019

payant
évènement terminé