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Les architectes, des designers pas comme les autres
La Cité de l'Architecture et du Patrimoine accueille "Le mobilier d'architectes, 1960-2020", superbe exposition qui retrace 60 ans de création mobilière par les plus grands architectes au monde. L'occasion d'admirer des pièces prestigieuses devenues des classiques du design, mais aussi de flâner dans un musée monumental, trop peu connu du public.
Cité de l'architecture et du patrimoine

Le "mobilier d’architectes", c'est aujourd’hui une sorte d’appellation contrôlée quand on parle de meuble, à laquelle on associe souvent des adjectifs comme chic, cher, sophistiqué, et qui évoque l’image de maisons elles aussi dites "d’architectes", à la fois opulentes et minimalistes, stylisées à l’extrême, et meublée avec un goût sûr (et avec, le plus souvent, un portefeuille bien rempli). Mais le mobilier d’architectes, cela reste surtout le parachèvement de la construction architecturale, qui insuffle un supplément d’âme entre ses murs, dont l’habillement n'est plus l'apanage des seuls designers. 

Si le Bahaus avait exprimé le rapport le plus fusionnel entre dessins architectural et mobilier, c’est aux soixante dernières années que l’exposition s’intéresse. Après la deuxième guerre mondiale, les italiens, les scandinaves ainsi que les américains s’emparent en effet de la thématique. Nombre d’architectes voient le mobilier et le luminaires comme de petites architectures, qui viendront logiquement compléter et valoriser leurs créations. Le mobilier dessiné par les architectes pour leurs créations diffère-t-il de celui issu de la filière design "classique"? La question n’est pas ici de savoir s’il y est "supérieur" (quoi que cela veuille dire), mais bien de comprendre ce qui en fait l’originalité et la richesse. On se gardera d’y répondre ici, mais l’exposition esquisse en tous cas des pistes passionnantes dans ce sens.

Les années 60, prises comme point de départ de l'expo, sont certes un temps d'intense créativité pour les architectes, au cœur des trente glorieuses, mais c’est aussi une période d'emprise croissante de la "société de consommation" dans les pays développés. La figure de la ménagère est construite par la publicité, le désir d’achat instillé en chacun, et le foyer devient l’espace du confort moderne à enrichir et améliorer sans cesse. Sans être accessible à toutes les classes sociales, certains meubles des créations architecturales les plus emblématiques de l’époque s’invitent de plus en plus dans les intérieurs, dans cette tendance à l’aménagement des cocons douillets et de bon goût. La chaise et le fauteuil, des plus fonctionnels et minimalistes aux plus improbables, sont les pièces qui se fraient un chemin le plus naturellement dans les foyers, et c’est en toute logique qu’on les retrouve en nombre tout au long de l’exposition. Des classiques indémodables du design parsèment ainsi la scénographie, comme par exemple le fauteuil Tulip d’Eero Saarinen, la "chaise Panton" de Verner Panton, ou encore le fauteuil Paulistano de Paulo Mendas da Rocha.

Au total, ce sont près de 300 pièces, plus de 125 architectes et près de 90 éditeurs qui sont exposés. Vous retrouverez au fil des salles des prototypes, des pièces uniques, des éditions limitées ou de grandes séries qui rassemblent le meilleur de la production mobilière des architectes de 1960 à nos jours, signées par de grandes figures et personnalités de l'architecture de ces dernières décennies: Ron Arad, Charles & Ray Eames, Norman Foster, Franck Gehry, Zaha Hadid, Jakob + MacFarlane, Michele de Lucchi, Jean Nouvel, etc. etc...

Mais cette exposition est aussi et surtout une excellente occasion de (re)découvrir les salles, tantôt intimistes, tantôt monumentales, de la Cité de l'Architecture et du Patrimoine. Suivant une tendance assez en vogue, qui consiste pour les expositions à se fondre dans les différents espaces des musées pour "dialoguer" avec ses œuvres et ses murs, les différentes pièces de mobilier sont disséminées au fil des salles, qu'elle valorisent et dynamisent. La Cité fait donc office d'écrin idéal pour les créations mobilières, qui lui permettent en retour d'exprimer tout ce qui fait d'elle un lieu de référence sur l’art de bâtir et ses enjeux, offrant une narration de l’histoire de l’architecture, depuis le Moyen Âge à l’époque actuelle. 

Comment sont bâtis les édifices majeurs de notre temps et du passé? Pourquoi et pour qui ont-ils été construits? Ce sont les questionnements qui accompagnent le visiteur tout au long de sa déambulation, qui pourra approfondir sa connaissance de chefs-d’œuvres de l'architecture (voir la reconstitution à l'identique d'un appartement de la Cité radieuse de Marseille, conçue par Le Corbusier), et se laisser conter des récits transversaux sur l’habitation, les édifices publics, les techniques, les acteurs de l’architecture ou l’urbanisme. Trop peu connue du grand public, malgré sa situation de rêve (elle occupe une aile entière du Palais de Chaillot, face à la Tour Eiffel), la Cité de l'Architecture et du Patrimoine regorge de trésors qui mêlent efficacité fonctionnelle, recherche artistique et splendeur esthétique. C'est de plus un lieu accessible, qui satisfera tant les passionnés que les simples amateurs. Mettre ainsi la riche discipline architecturale à la portée de tous est une gageure, qui rend la Cité parfaitement incontournable.

Le Mobilier d'architectes, 1960-2020

Cité de l'architecture et du patrimoine
1 place du Trocadéro, 75016 PARIS

Du mercredi 29 mai 2019 au lundi 30 septembre 2019

payant
évènement terminé