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Hassan Hajjaj et les couleurs nouvelles du Maroc
La Maison européenne de la photographie, non loin des bureaux de Que faire à Paris, présente en ce moment le travail de Hassan Hajjaj, en toute liberté puisqu'il a carte blanche. Sous sa casquette principale de photographe, l'artiste nous surprend par son intérêt protéiforme. Il se raconte en figeant les rues de Marrakech et sa jeunesse haute en couleurs.
Hassan Hajjaj Untitled De la série « Handprints »

En arrivant au 2e étage de la Maison européenne de la photographie, nous découvrons le travail de Hassan Hajjaj, pour lequel on lui a donné carte blanche. Artiste protéiforme, il s'exprime, à travers tous les espaces de la M.E.P, en couleurs et dans plusieurs contextes. Mêlant photographies de style, photo-documentaire, installation et film, mais aussi collections de vêtements, l'artiste prend cette carte blanche comme l'occasion de nous montrer toutes ces influences et l'énergie de ses modèles au Maroc. 

Des symboles pour montrer un Maroc vibrant 

Fier de sa double culture anglo-marocaine, Hassan Hajjaj a à cœur de témoigner de son attachement au pays qui l'a vu naître: le Maroc. Il raconte ses souvenirs de jeunesse et l'insouciance "pieds nus" des jeux à la mer en compagnie de ses voisins. Il est vite obligé de quitter cet âge joueur pour émigrer à 7 ans, à Londres où il vivra à "sept dans une pièce". Il grandit et se rapproche rapidement du milieu underground musical londonien. Il explore la mode alternative et fonde sa marque de vêtements streetwear: Real Artistic People (RAP). Dans le même temps, il se met à la photo. Au cours d'un de ses voyages en tant que photographe sur un plateau de mode à Marrakech, il fait un constat acerbe: tous les gens du milieu de la mode se servent du Maroc comme d'une toile de fond, un paysage souligné en pointillé servant uniquement de décor. Il a alors trouvé son leitmotiv: redonner la vie et la force de caractère propre au Maroc et à ses habitants par la photo.

A travers plusieurs séries, on découvre une photographie parodique, qui se joue des clichés de la mode et du luxe. Les photos de l'exposition sont d'ailleurs, toutes ou presque, entourées d'un cadre d'objets relatant le quotidien: des boîtes d'olives, conserves de thon à la harissa, boites à thé... En décalage avec les photos qu'ils entourent, ces symboles de la culture populaire (ou pop culture) racontent une histoire et offrent un témoignage supplémentaire. Une séance fictive de photos de mode dans les rues de la Médina présente des femmes voilées, modernes et provocantes. Les djellabas, de contrefaçon, sont signées Vuitton ou Chanel. Les hijabs et caftans en imprimés léopard répondent ironiquement aux babouches Nike et Adidas. En utilisant la contre-plongée dans ces photos, Hassan Hajjaj montre des femmes puissantes, souvent devant des enseignes de luxe, qui se moquent presque de l'objectif. D'elles, on ne voit que le regard, pourtant on saisit toute leur posture. Aussi, on est vite saisi par l'impression de couleurs vives, tant dans la terre ocre des murs que dans la décoration fushia au sein de l'exposition. On regarde un Maroc vif, chamarré et qui se construit sur de nouveaux codes. Un autre leitmotiv de l'exposition, c'est le motif du camel (si c'est une bosse, c'est un dromadaire) disséminé un peu partout dans l'exposition.

Hassan Hajjaj présente aussi un film intitulé "NAABZ" dans lequel il film un artiste pratiquant du collage-vandale dans des lieux symboliques parisiens. Traité comme un mini-film de street-art, il montre le regard actuel sur ces femmes voilées et défiantes, drapées dans des contrefaçons luxueuses. Les portraits sont décalés pour éveiller un Maroc sous-estimé. 

Une photographie entre héritage et modernité 

En miroir de son exposition carte blanche, Hassan Hajjaj a choisi d'inviter la jeune Zahrin Kahlo dans l'espace du Studio au 1er étage. Jeune photographe italo-marocaine diplômée de l'Académie de Brera (Milan), elle a choisi de nous raconter la "Chronique d'une jeune arabe". En arrivant, elle nous toise du regard, dans une photo large et imposante. Elle est belle et la ressemblance avec son homonyme, Frida, est saisissante. En se mettant en scène dans ses séries de photos, elle est le portrait du néo-orientalisme, celui d'une femme libre et fière de sa féminité. Une artiste à suivre.

Chronique d'une jeune arabe

Plus tard, en retrouvant les séries de Hassan Hajjaj, on retrouve beaucoup de légendes empruntées à un culte de diva: "Eyes on me", "Malicious look"... Ces termes définissent bien l'attitude de la jeunesse marocaine. Notre coup de cœur s'arrête justement sur une de ces séries féministes sur les "Kesh Angels" (comprendre Kesh comme abréviation de Marrakech). Ces gangs de filles à Motobecane® sont les nouvelles amazones du Maroc. Bigarrées de lunettes de soleil aux motifs extravagants (pixels, cœur), et de babouches floquées, elles sont loin des dangereux Hells Angels. Mais c'est l'objectif grand angle de Hassan Hajjaj qui les rend majestueuses et dangereuses. En quittant cette série, résonne en nous la bande son de M.I.A "Bad Girls", symbole de cette pop croisée et féminine du Moyen Orient. 

M.I.A. - "Bad Girls" (Official Video)

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Pourtant, le travail de Hassan Hajjaj se présente aussi comme un archivage sur long terme (pendant 20 ans) de la société marocaine qu'il aime à contempler pendant ses séjours. Il s'arrête dans une série intitulée "Legs" sur l'importance de l'héritage symbolique nomade dans sa culture. La dernière série "Handprints" s'inscrit plus dans un style documentaire, d'une lenteur qui laisse remarquer les détails de la vie quotidienne. On repense à une photo en 3 temps d'allumage de cigarette Casa Sports - Régie des Tabacs, au moyen d'une allumette en papier ALLUMAROC ®. Doux et amusants sont ces petits détails d'une simple histoire de cigarette. 

HH19 Hassan Hajjaj Untitled De la série « Handprints »

Un artiste aimé et entouré 

De sa double culture, Hassan Hajjaj a su en tirer une force: celle des rencontres grâce à l'expatriation, au voyage, à l'ailleurs. Toute une salle dans l'exposition est consacrée à ce regard que porte l'artiste sur ceux qui l'ont, de près ou de loin, toujours accompagné. Et son entourage est grand. Dans la série "My Rockstars", on retrouve des artistes de renom comme le rappeur et producteur Yasin Bey aka Mos Def (probablement l'un des artistes les plus versatiles en 2019), l'éminent Rachid Taha décédé en 2016, ou encore Keziah Jones, inventeur du Blufunk. Il y aussi des artistes de scènes plus locales comme le collectif originaire du Bronx (N.Y.C) Ghetto Gastro, les Poetic Pilgrimage Stylin', le photographe Blaize ou même J.R... Tous photographiés selon le même angle, dans un petit studio fabriqué en tressage coloré, l'artiste leur rend hommage amicalement comme le faisaient d'autres avant lui (Malick Sidibé par exemple dans son home studio au Mali). On saisit en quittant cette salle l'ampleur de l'oeuvre d'Hassan Hajjaj qui a su s'entourer de multiples talents, ayant formé la culture populaire de ces dernières années. Et c'est cette culture populaire qu'il a bâti avec lui par sa photographie. 

HH04 Hassan Hajjaj Keziah Jones De la série « My Rockstars »

L'équipe de la rédaction vous invite donc vivement à partir à la découverte de ce Maroc vigoureux et tendre. La carte blanche confiée à l'artiste est gage de surprises, avec laquelle il a su s'amuser pour montrer le Maroc comme un nouvel El dorado de la pop culture. 

CARTE BLANCHE À HASSAN HAJJAJ

Maison européenne de la photographie
5 rue de Fourcy, 75004 Paris

Du mercredi 11 septembre 2019 au dimanche 17 novembre 2019

payant
évènement terminé