Le Paris des Parisien·ne·s
Pauline Arrighi, un féminisme salutaire
Écrivaine, féministe, militante, Pauline Arrighi prône dans son dernier livre "Et si le féminisme nous rendait heureuses?", un féminisme positif et salutaire. Cet ouvrage, pragmatique et pédagogue, est un véritable guide de (sur)vie à mettre entre les mains de toutes les femmes (et des hommes!).
DUNOD-Pauline Arrighi

Nous avons rencontré Pauline pour discuter de son livre, "Et si le féminisme nous rendait heureuses?", sorti en avril 2019, chez InterEditions Dunod.  Son ouvrage présente le féminisme comme une méthode simple et concrète pour embellir sa vie en particulier, et celle des femmes en général. Il fournit à chaque lecteur·ice des arguments permettant de faire face aux machos en tous genres. Il encourage à sortir de cet idéal de perfection auquel les femmes sont assujetties et à se recentrer sur ses aspirations. A se lâcher la grappe! A prendre conscience, au-delà de la soi-disant concurrence et défiance féminine, que nous partageons toutes une histoire commune. Véritable guide de survie en territoire patriarcal, son approche du féminisme donne des outils pratiques et concrets, permettant d'avoir un rapport plus épanoui aux autres et à soi. Nous la retrouvons dans le quartier de la gare Saint Lazare, autour d'un fumant Yogi "christmas" tea!

Exki
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Yummy
C’est tranquille le matin, du coup on peut bosser au calme. De plus, le thé est à moins de 2 euros en matinée et il y des trucs sympas à grignoter.
Exki
96 rue saint lazare
Paris 9E

Comment je suis devenue féministe

"J'ai connu mon 1er émoi féministe en primaire quand j'ai appris la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin. J'avais conscience que ça ne signifiait pas que les hommes étaient supérieurs aux femmes, mais en conversant avec les filles de ma classe, je me suis rendue compte que majoritairement, pour elles, si!". 

Des années plus tard, Pauline se retrouve confrontée à la violence d'un homme en qui elle a toute confiance, son compagnon: "je ne me suis pas sentie comprise ni entendue. Chacun.e y allait de sa petite remarque pour minimiser ou me faire taire avec des phrases comme "il y a toujours des problèmes dans les couples." C'est ainsi qu'elle revient au féminisme à l'âge de 23 ans, par nécessité: "le déclic est venu alors que j'étais seule chez moi à zoner sur Facebook. Je voyais passer des visuels simples de femmes qui partageaient ma colère à l'autre bout du monde. Je me suis dit que le combat n'était pas perdu". Le féminisme lui permet de mettre du sens et de comprendre que ce qui s'est passé est à la fois systémique et patriarcal. Et que plus globalement, le patriarcat maintient les femmes dans un rôle subalterne.

Giphy

"J'ai eu besoin de comprendre intellectuellement comment on en arrive là, non pas avec un inconnu mais avec un homme qui partage ses valeurs". Elle crée dans la foulée le blog 'Je connais un violeur". De la même façon, l’image du violeur marginal et/ou psychopathe est un cliché. Dans 80 à 90% des cas, l’agresseur est connu de la victime. Un viol sur 3 est commis par le mari ou le partenaire régulier. "En revanche, un cas sur 10 seulement est signalé à la police et 97% des violeurs ne passent pas la moindre journée en prison". Le blog connait un succès retentissant et les témoignages affluent: "de nombreuses femmes ont réussi à témoigner car elles restaient anonymes". Un premier pas vers la résilience. Par la suite, avec l'association Osez le féminisme, elle découvre la force de l'action collective: "c'est très réparateur".

le féminisme rend heureuse!

"Pourquoi j'ai écrit ce livre? Dans mon parcours de reconstruction, j'avais ce plaisir coupable de regarder des vidéos de développement personnel qui font du bien à ceux qui vont déjà bien!.. Qui véhiculent cette idée que chacun.e doit être capable de trouver les ressources pour s'en sortir. C'est terrible car c'est totalement néolibéral et très culpabilisant. Le féminisme est, pour les femmes, la meilleure technique de développement personnel et le meilleur moyen d'être sûre de soi!".

Pauline explique que toutes les méthodes de psychologie ne font pas le poids face à un patriarcat qui représente un large pourcentage des problèmes que rencontrent les femmes. La femme doit, pour se retrouver et être heureuse, se déconnecter de tout ce que ce système a mis entre elle et son moi intérieur: "c'est bien de faire du yoga, mais si tu subis des violences, tu ne seras jamais connectée à ton corps". 

Et si le féminisme nous rendait heureuses Pauline Arrighi

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Si son livre dénonce des faits et c'est nécessaire, il démontre surtout que le féminisme apporte plus de confiance en soi. Il encourage chaque femme à arrêter de se sentir coupable (pour qui? pour quoi?), à découvrir le "matrimoine" et l'Histoire des femmes. C'est un des objectifs du livre, mettre en valeur ce qu'il y a de positif dans le féminisme. "C'est ce qui m'a rendue plus heureuse dans tous les domaines de ma vie. Je voulais le transmettre aux autres femmes".

On a la sensation de découvrir une famille car nous les femmes, nous sommes toutes liées. J'ai l'impression d'être enfin à ma place

Pauline Arrighi

Il est difficile et courageux de se plonger à corps perdu dans ce concept qu'est le féminisme. C'est douloureux mais salvateur de prendre conscience de tout ce qu'ont vécu les femmes à travers les âges, et à quel point les rapports entre les êtres humains sont prédéfinis et n'ont rien de naturels: "l'empathie et l'altruisme glissent rapidement vers le don de soi, le renoncement et le sacrifice (...), on attend des jeunes filles et des femmes qu'elles soient à l'écoute, patientes et disponibles. Qu'elles s'occupent de leurs petits frère et sœurs, conjoints et parents. Au mépris de leur propre besoin et intérêt". (Extrait du livre). 

A quel point nous agissons parfois de façon inconsciente: "tandis que la majorité des petits garçons gambadent à l’extérieur, nombre de petites filles jouent dans leur chambre et lisent. Chacun et chacune développe des qualités différentes, et l'on dira qu'elles sont naturelles alors que tout aura été mis en place pour les créer de toutes pièces". (extrait du livre). Pauline déclare "comme beaucoup de femmes, je pense, j’avais peur d’en apprendre trop sur ma propre condition et sur la domination masculine, et alors de déprimer, ou de ne plus vouloir partager ma vie avec un homme et d’être seule". Notre sentiment est que ce livre permet de se déconstruire pour pouvoir se remettre à l'endroit.

Acceptation et conscience de soi

Amener le féminisme à toutes les femmes, y compris celles qui ne sont pas militantes engagées ou politisées, c'est un des défis du féminisme moderne: "celles qui croient ne pas en avoir besoin font fausse route. Par exemple, les hommes qui ne débarrassent pas la table et se font servir. Quant tu n'es pas féministe, tu débarrasses. Quand tu l'es, tu sais que si les garçons ne se bougent pas, ce n'est pas parce qu’exceptionnellement ils sont fatigués, c'est juste patriarcal. Tu sais que c'est du travail de débarrasser et que ça doit être fait dans l'égalité". 80% des tâches domestiques sont encore effectuées par les femmes.

Quand On Arrive en Ville - Festival Féministe & Marché d'été à la Recyclerie avec Merci Bernard

Par exemple, prenons le maquillage. Je ne prône pas un boycott des codes de la féminité mais il ne faut pas croire que c’est naturel et nécessaire. Cette habitude féminine dit que notre visage doit être caché. Celui de l’homme non. Visiblement, notre corps et notre tête au naturel ne conviennent pas et on nous enseigne indirectement la haine et la honte de nous".
Il en est de même pour l'épilation, sujet épineux si l'on peut dire, pour une majorité de femmes: "être libre, ce n’est pas dire je m’épile car je suis libre. Il faut avoir conscience qu'une femme n’a pas besoin de ça, que ce n'est pas "normal" de s’épiler. Les poils ne sont pas sales, ils ont une utilité et retiennent la transpiration. Ce n'est pas repoussant, c'est naturel. Il faut justement aimer son corps à l’état naturel. Je comprends qu'une femme qui va à un pique-nique veuille se raser pour ne pas avoir tous les regards braqués sur elle. Mais elle ne doit pas se sentir obligée de se maquiller ou de s'épiler pour se trouver belle, si c'est le cas, là est le problème!". 

Ainsi, paradoxalement, reconnaître que l'on est soumis.e à des contraintes est libérateur. "Les femmes sont opprimées depuis des millénaires, il faut le voir en face, c’est cette prise de conscience qui nous aide à nous reconstruire. Il ne faut pas avoir peur des mots, oui nous sommes opprimées, oui certaines d’entre nous ont été ou sont encore victimes, et il n’y a aucune honte à cela". C'est la clef qui permet d'embrasser cette réalité à bras le corps pour aller vers l'amour et la rencontre de soi et de la sororité. Pauline elle, continue sur sa lancée. Elle a fondé l'organisme de formation We Want Ethics, dédié à l’égalité femmes-hommes en entreprise et pense déjà à son troisième roman, car "l'écriture aussi est une forme de militantisme".

Les lieux parisiens favoris de Pauline:

2
Libairie des femmes
C'est une librairie historique des années 50. dans un joli petit passage arboré, qui organise des vernissages, des fêtes, et des petits événements.
3
Autrices et héroïnes
C'est un cocon de livres, touffu et bien fourni, qui donne leur juste place aux autrices et héroïnes. 
Les buveurs d'encre
59 Rue de Meaux, 75019 Paris
Paris 19E
4
Comme à la maison
Un très beau lieu. On se croirait dans le salon idéal avec plein de livres et de petits canapés.
Le Divan
226 Rue de la Convention
Paris 15E
5
Ambiance guinguette
Petits transats, ambiance guinguette, bateaux rigolos, on peut y boire un verre sur une péniche, l’ambiance est très sympa et c’est original à Paris
Quai de Seine Bibliothèque François Mitterand
Quai François Mauriac
Paris 6E
6
Solarium
Quand on déambule autour du bassin, on a vue sur la Seine, on dirait qu'elle flotte dessus, comme un gros bateau. C’est un bel endroit, le quartier est cool et c'est pas trop bondé l'été
Piscine Joséphine-Baker
quai François Mauriac - Quai de la Gare
PARIS 13E
7
Art nouveau
Elle est très jolie, il y a plein de courbes et de petites niches.
8
Hors du temps
J'aime le passage Choisel et les passages de Paris en général. On s'y sent comme hors du temps, à la fois en extérieur et en intérieur. Et c'est très joli.
Passage Choiseul
40, rue des Petits-Champs
Paris 2E

Les conseils de lecture de Pauline Arrighi pour aller plus loin

- "Non c’est non" de Irene Zeilinger, "un manuel d’autodéfense verbale et physique qui dit: vous ne méritez pas d’être agressée, donnez-vous les moyens!"
- "La construction de la différence" de Françoise Héritier, "un petit bouquin indispensable"
- "La fabuleuse histoire du clitoris" de Jean-Claude Piquard ou "l’histoire passionnante du plaisir féminin"
- "Un silence de mortes, la violence occultée" de Patrizia Romito, "un excellent livre qui explique parfaitement comment toute notre société permet la perpétuation des violences masculines".
- "Purge" de Sofi Oksanen ou "l’histoire d’une paysanne qui recueille une jeune prostituée en fuite. Ça parle du viol politique et de la honte des femmes. De la solidarité entre femmes de plusieurs générations. C‘est dur, très réaliste et éclairant. Ce roman m’a fait pencher vers l’abolitionnisme".

Sources:
- "Et si le féminisme nous rendait heureuses?" de Pauline Arrighi
- Viols Femmes Informations
- Laboratoire de l'égalité 2012