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Alphonse Mucha, génie total de l'art nouveau
Le Musée du Luxembourg offre jusqu’à janvier son écrin aux joyaux du tchécoslovaque (en son temps) Alphonse Mucha. Connu pour son œuvre sublime d’affichiste à la fin du 19e, l’artiste est méconnu pour son travail de peintre, sur lequel l’expo lève aussi le voile. Petite visite subjective d’un événement à ne pas manquer.
L'hiver

Peu familier de l’œuvre de Mucha, il faut bien l’avouer: l’affiche de l’expo a eu vite fait de nous convaincre qu’une visite s’imposait. Une femme à l’expression songeuse, alanguie sur une fine branche d’arbre, couronnée d’immenses fleurs d’un rouge éclatant, ses cheveux tombant comme des lianes… Impossible de résister à son appel.

Un génie de l'affiche

Dès la première salle, on est plongé dans l’ambiance d’un Paris à l’aube des années 1900, où Mucha s’est installé en 1887. On découvre là ses premiers travaux d’illustration, son amitié avec Gauguin ou Strindberg, et surtout la rencontre qui changera sa vie: Sarah Bernhardt. L’actrice l’adoubera, et il réalisera pour elle de nombreuses affiches pour ses pièces, à la fois baroques et d’une grande rigueur formelle, quasi révolutionnaires pour l’époque.

Affiche pour le papier à cigarette Job 1896

On poursuit la visite avec la production publicitaire de Mucha, où son style déjà très fort s'affine. Grâce au développement de la lithographie en couleur et aux demandes croissantes en matière de "réclame", l’artiste trouvera malgré les contraintes du support un terrain de jeu idéal. Poursuivant ses recherches sur la figure féminine, il profitera pleinement d’une époque où la publicité commence à recourir au corps des femmes pour vendre, des corps dont le rapport avec le produit est encore à trouver, même si Mucha s’y prend d’une façon autrement plus gracieuse que la concurrence. 

Tout l’art de Mucha est déjà contenu là: un trait fort qui tranche avec l’impression de légèreté et de délicatesse que dégage ces femmes longilignes drapées d’étoffes raffinées, aux visages fins et mélancoliques enveloppés d'arabesques de cheveux en cascade... Des femmes aux expressions éthérées, vaporeuses, comme des apparitions oniriques de personnages quasi mythologiques.

L'été

Un peintre mystique, slave avant tout

On continue ensuite avec "Mucha le cosmopolite", qui illustre la position dominante qu’il occupe en 1900 sur la scène artistique européenne, puis dans une salle stupéfiante, où l’on fait connaissance avec "Mucha le mystique". Infusée par sa croyance en des "pouvoirs invisibles", cette partie de son œuvre est traversée des visions et obsession habituelles de Mucha: des femmes évanescentes, insondables, mais aussi des figures et évocations plus ténébreuses et parfois inquiétantes, sur fond de spiritualisme, sous influence maçonnique

Au sortir de cette salle, on peut ressentir une légère impression de redondance. La ligne de crête entre le kitch et le sublime est de plus parfois ténue, avec l’usage de couleurs pastel, et les ornementations arts déco un peu passées. Mais tout cela est vite dissipé dans la suivante, où c’est le patriote qui s’exprime: quand Mucha retrouve sa terre natale en 1910, il met son art au service de son pays, principalement avec une œuvre phare, "l’épopée slave", où il relate en peinture 20 grands épisodes qui ont selon lui marqué l’histoire du peuple slave. Une série monumentale, dont on peut admirer les tableaux successifs à travers une projection qui laisse bouche bée.

Les Slaves dans leur site préhistorique

On ressort de l’expo avec un sentiment un peu flottant, bien sûr enchanté d’avoir pu admirer des pièces d’une beauté parfois vertigineuse, mais aussi troublé par les nuances plus sombres d’une œuvre qui oscille entre clarté et noirceur. Une oeuvre incarnée par ces corps et figures de femmes dont, à l’image de la Joconde, on n’a pas fini de percer le mystère…

Alphonse Mucha

Le Musée du Luxembourg
17 rue de Vaugirard, 75006 PARIS

Du mercredi 12 septembre 2018 au dimanche 27 janvier 2019

payant
évènement terminé
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