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Les trésors du Musée d'histoire de la médecine
Beautés et hideurs de l'anatomie, ravages de la maladie et visages de la mort... Embarquez dans notre série sur les lieux de curiosités médicales à Paris, pour un voyage parsemé tant de splendeurs insoupçonnées que de visions horrifiques. Première étape: le Musée d'histoire de la médecine, petit établissement au secret bien gardé.
Le Musée de l'Histoire de la Médecine

Avant tout pressé d'admirer l'exposition Chroniques de la thanatopraxie, nous avons découvert un lieu magnifique niché depuis 1971 au cœur de l'ancienne Faculté de médecine, entre ses colonnes massives et sous ses voûtes qui vous dominent de leurs deux cents ans d'âge. C'est la médecine conjuguée au passé qui est montrée ici, l’évolution de ses techniques au fil des époques: ses vitrines regorgent ainsi de pièces rares, souvent étonnamment belles, qui évoquent au visiteur effrayé par la vue d'une aiguille une médecine plus proche de la torture sadique que du soin attentionné.

Dès le début de la déambulation sous la superbe verrière du musée, au fil de vitrines montées sur de fines boiseries, on comprend vite qu’au Moyen Âge et pendant de longues années (qui ont surtout dû paraître très longues aux patients de l'époque), les priorités de la médecine n’étaient pas franchement les mêmes qu'aujourd'hui. Les premiers présentoirs nous montrent ainsi des collections de scies et d'instruments nécessaires pour réaliser des amputations, dont la précision et l’efficacité se sont heureusement améliorées avec le temps. Les graves blessures de guerre (si l’amputation a été accomplie par une épée ennemie, des outils permettent de "réaliser un beau moignon" comme le stipule joliment un écriteau), et les infections de stade avancé sans traitement connu, nécessitaient en effet souvent la coupe pure et simple du membre pour éviter souffrance intolérable et contamination du reste du corps. 

Autre passe-temps visiblement très prisé des docteurs d’alors, la bonne vieille trépanation, soit très clairement le fait de percer un trou dans la boîte crânienne d’un individu consentant, en tout cas on l’espère pour lui. Là-encore, de nombreux ustensiles sont créés et perfectionnés au fil des années, mais ce qui frappe, c’est tout le raffinement apporté à la confection de véritables nécessaires de trépanation, les pointes rutilantes parfaitement alignées dans des coffrets tapissés de velours. La région pubienne était elle aussi au centre de toutes les attentions, très vulnérable à la maladie et aux pathologies diverses chez nos anciens. Les malheurs d'en bas étaient nombreux: infections anales, fistules, calculs et autres maux urinaires se soignaient à l’aide d’instruments fins et subtils, qui font naître en nous une douloureuse compassion. L’on retrouve dans ces cabinets de curiosités l’utilisation des matières invariables, l’acier évidemment, mais aussi le cuir, et on imagine alors les peaux et les chairs agressées, violentées: toute une esthétique de la souffrance qui évoque de façon saisissante, et paradoxalement pour une science censée guérir et apaiser les maux, celle du sadomasochisme…

À l’étage, le long de la coursive accessible au public, c'est une sorte de galerie des machines qui s'offre à nous. On y raconte les progrès successifs accomplis dans l’exploration du cœur, la neurologie, la radiologie, la pharmacie… Dans les colonnes centrales et entre les vitrines du rez-de-chaussée, on se retrouve nez à nez avec d’impressionnants mannequins anatomiques, mais aussi avec des bustes de médecins, de chirurgiens, d’anatomistes. Et aussi avec l'un des "chefs d'œuvre" du musée, à nos yeux attirés par tout ce qui mêle la beauté au macabre: un guéridon conçu par Efisio Marini, médecin-naturaliste italien, offert à Napoléon III. Il est composé "de cervelle, de sang, de bile, de foie, de poumons et de glandes pétrifiés, sur lesquels se dressent un pied, quatre oreilles et des vertèbres coupés, eux aussi pétrifiés." Une idée déco originale certes, mais qui ne s'intégrera pas dans tous les intérieurs... Et l’on regrette alors la fermeture du Musée Dupuytren, anciennement établi lui aussi au sein de la faculté de Médecine. En matière de curiosités médicales, on était servi avec ce terrifiant musée d’anatomie pathologique, malheureusement fermé en 2016.

Le musée accueille donc en ce moment "Chroniques de la thanatopraxie", une exposition assez réduite mais néanmoins passionnante. Alors, la thanatopraxie c'est quoi, demanderez-vous, et on ne pourra pas vous en vouloir. Il s'agit de la science et de l'art d'embaumer, donc de conserver les corps, parfois pendant plusieurs centaines d'années. Vous découvrirez ainsi un ensemble de pièces exceptionnelles, et voyagerez entre les époques, passant de l’Égypte antique à l’Europe du XXe siècle. Pièce phare de l’expo, une œuvre de la céroplasticienne Nathalie Latour, dont le travail, d'une grande beauté esthétique comme d'une parfaite rigueur scientifique, peut provoquer chez le visiteur un arrêt soudain de toute fonction vitale, même l’utilisation de son smartphone... L'occasion idéale pour une première visite dans ce musée certes modeste, mais riche de trésors qui prouvent, s'il en était besoin, que la science médicale se double souvent d'une authentique virtuosité artistique.

Musée d’histoire de la médecine

12 rue de l’École de Médecine, 75006 Paris

Ouvert de 14h à 17h30, tous les jours sauf jeudi et dimanche

Entrée: 3,50 € (pas de CB!)

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Les curiosités médicales à Paris

Publié le jeudi 14 février 2019