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Abd Al Malik: «Le Jeune Noir à l'épée, c'est mon histoire»
Mêlant à la fois danse, slam et art pictural, «Le Jeune Noir à l’épée», le nouveau spectacle d’Abd Al Malik autour du thème de l’identité, sera proposé du 17 au 19 janvier 2020, au théâtre de la Ville.
Abd Al Malik présente son nouveau spectacle, "Le Jeune Noir à l'épée, du 17 au 19 janvier au théâtre de la Ville.

Difficile de s’en tenir à un seul qualificatif. Chanteur, slameur et rappeur, avec ses cinq albums studios ; auteur, avec sept ouvrages dont Méchantes blessures sorti en septembre dernier ; réalisateur, metteur en scène avec Les Justes d’Albert Camus au théâtre du Châtelet… Toutes ces dénominations correspondent autant à Abd Al Malik. Artiste, c’est certain. Poète, cela va de soi. Son nouveau spectacle "Le Jeune Noir à l’épée", du 17 au 19 janvier 2019 au théâtre de la Ville, fait preuve de cette multidisciplinarité en associant danse, slam, chant et art pictural.

Un contre-point au « bleu-blanc-rouge »

Face au tableau éponyme de Pierre Puvis de Chavannes, présenté dans l’exposition du musée d’Orsay « Le Modèle Noir, de Géricault à Matisse » au printemps 2019, Abd Al Malik a eu « quelque chose de l’ordre de la révélation ». Devant cette œuvre à première vue « assez bizarre » avec un jeune homme noir au corps adulte et à la tête d’enfant, il s’incline face à « la sérénité du modèle avec son épée, symbole d’un homme libre et du combat ». Ses couleurs « bleu-noir-rouge » retentissent « comme un contre-point au bleu-blanc-rouge ». Et font directement écho à son travail d’écriture du moment sur l’identité. « Les œuvres artistiques se parlent entre elles, assure-t-il. J’ai continué mon poème en racontant l’histoire de ce jeune noir à l’épée et je l’ai ramenée au XXIe siècle. »

Il y dépeint un homme en révolte, qui sort de prison et revient dans une cité HLM, travaillé par sa relation conflictuelle à ses racines africaines et à la France. Les disciplines et les influences s’entremêlent durant la création. « Le chorégraphe burkinabé Salia Sanou a mis en mouvement les corps sur la musique, car ce tableau a inspiré un livre-album, insufflé à la fois par la poésie de Baudelaire et la philosophie d’Édouard Glissant. La danse, l’art pictural, le slam, le rap, la poésie et la littérature, tout a pris sens. »

Abd al Malik

Si le tableau de maître interroge la notion « de faire peuple lorsqu’on est noir », l’œuvre version XXIe siècle soulève d’autres questions pour Abd Al Malik. À savoir « comment faire peuple, faire France, lorsqu’on est noir, musulman, qu’on vient de banlieue, d’un milieu rural ou qu’on est une femme ? Tout ce peuple de la périphérie qui est mis de côté d’une certaine manière, presque de toutes les manières. » 

Le tableau comme son spectacle évoquent ainsi « l’universel et l’humanité en parlant de la figure noire ». Pour l’artiste, c’est révolutionnaire : « D’habitude, pour parler de l’humanité, on parle de l’homme blanc et c’est normal. L’exposition au musée d’Orsay et le travail que j’ai eu envie de faire prennent comme point de départ une singularité qui est différente des autres, à savoir le fait d’être noir. »

« Raconter un nouveau récit national »

Car le jeune noir à l’épée, celui du XIXe ou du XXIe siècle, « c’est mon histoire aussi », pointe l’artiste de 44 ans. Il partage la même révolte, le même désir de transcender sa condition sans abandonner les siens. La question de l’identité à l’ère de la mondialisation apparaît au cœur du récit qui prend vie sur scène. « Pour évoluer positivement, il faut savoir qui on est et où est-ce qu’on fait peuple. Être Français, Européen, ce n’est ni une couleur de peau, ni une religion ou un sexe. C’est d’abord le fait d’adhérer à des valeurs, des principes. C’est appartenir à une histoire, qu’elle soit positive ou négative, de gré ou de force, on fait partie de cette histoire-là.»

Après sa première expérience à la mise en scène au théâtre du Châtelet en octobre dernier, l’auteur prend à nouveau son rôle d’artiste à cœur sur le thème de l’identité. Avec ses « compagnons de lutte », la troupe d’acteurs issus de la diversité réunis pour la pièce d’Albert Camus, il entend « raconter un nouveau récit national ». Qu’on se rassure, ni fake news ni de réécriture. « On ne change pas l’histoire, mais on la raconte d’une autre perspective. » Théâtre, slam, musique urbaine s’imbriqueront sans doute dans ses futurs projets. «Je suis un artiste, pour moi les disciplines sont des médiums. Ce qui compte finalement, c’est ce que l’on y met à l’intérieur, ce qui est fondamental, c’est la poésie. » Un poète, donc, avant tout.

Réservations sur le site du Théâtre de la Ville

Abd Al Malik : Le Jeune Noir à L'Epée

Théâtre de la Ville - Espace Cardin
1 avenue Gabriel, 75008 Paris

Du vendredi 17 janvier 2020 au dimanche 19 janvier 2020

payant
évènement terminé